Au-delà des glycémies : ce que le CGM révèle vraiment sur votre diabète

Docteure Sara Santini
Endocrinologue-diabétologue FMH, à Prilly

Vivre avec un diabète, c’est gérer au quotidien une maladie chronique qui demande une vigilance constante. Mesurer sa glycémie plusieurs fois par jour avec des piqûres au doigt a longtemps été la norme. Aujourd’hui, les systèmes de mesure continue du glucose (CGM) offrent une vision beaucoup plus complète et en temps réel de l’évolution de la glycémie. Pour en savoir plus, nous avons rencontré la Dre. Sara Santini, endocrinologue-diabétologue FMH, qui exerce à Prilly. Spécialiste reconnue, elle nous explique la réalité du terrain, la collaboration avec les médecins généralistes et les avancées permises par le CGM. | Adeline Beijns

Comment collaborez-vous avec les médecins généralistes afin d’assurer un suivi optimal des personnes vivant avec un diabète ?

La collaboration avec les médecins généralistes est absolument centrale. Ce sont eux qui assurent le suivi de premier recours et qui connaissent le mieux le contexte global du patient : ses autres maladies, ses contraintes professionnelles et familiales, son mode de vie.

Nous intervenons en complément, sur demande du médecin traitant, dans des moments clés de la maladie : doute sur le type de diabète, déséquilibre glycémique persistant, mise en place d’un traitement plus complexe, grossesse ou projet de grossesse, ou encore lorsque des questions se posent sur le meilleur choix thérapeutique au regard du risque cardiovasculaire et métabolique. 

À quel moment recommandez-vous l’utilisation d’un CGM et quels sont les patients qui en bénéficient le plus ?

Sur le plan médical, le CGM est indiqué pour toutes les personnes atteintes de diabète traitées par insuline, qu’il s’agisse d’une insulinothérapie basale, intensifiée ou par pompe. Il est particulièrement utile en cas de risque d’hypoglycémie, surtout chez les personnes qui n’en ressentent pas les symptômes. Il est aussi très précieux lorsqu’on observe une variabilité glycémique importante.

Il aide lorsque l’hémoglobine glyquée (HbA1c) ne reflète pas fidèlement la réalité quotidienne, par exemple en cas de certaines maladies qui faussent ce dosage. Mais un CGM profite aussi aux femmes enceintes ou avec un projet de grossesse et plus largement tous les patients dont le diabète est difficile à stabiliser.

En quoi les systèmes CGM ont-ils transformé votre pratique et la gestion quotidienne du diabète par les patients ?

C’est une véritable révolution. Avant le CGM, nous ne disposions que de quelques mesures capillaires isolées qui ne donnaient qu’un aperçu très incomplet de ce qui se passait réellement. Aujourd’hui, nous voyons l’évolution de la glycémie sur 24 heures : la nuit, après les repas, pendant et après l’activité physique. Pour les patients, c’est aussi un outil d’éducation thérapeutique extrêmement puissant. Ils deviennent plus autonomes, comprennent mieux l’impact de leurs choix (alimentation, activité physique, doses d’insuline). Les décisions que nous prenons ensemble sont plus objectives et mieux individualisées.

Au-delà de la simple mesure de la glycémie, que vous apportent les CGM pour personnaliser et optimiser les traitements ?

Les données du CGM vont bien au-delà des chiffres ponctuels. Elles nous permettent d’analyser le temps passé dans la zone dite cible, le temps passé en hypoglycémie, la variabilité glycémique, les tendances nocturnes ainsi que l’effet des activités physiques et des repas. Grâce à ces données, nous pouvons adapter le traitement de façon beaucoup plus fine.

Dans quels cas, les CGM peuvent-ils être prescrits et remboursés ?

Les systèmes CGM ne peuvent être prescrits que par des spécialistes en endocrinologie et diabétologie. Depuis le début de l’année 2026, suite à une modification de la LiMA, ils sont pris en charge par l’assurance de base selon des critères précis, avec une distinction entre les patients avec ou sans pompe à insuline. Avec une pompe à insuline (le plus souvent diabète de type 1), le remboursement est possible. Sans pompe, il est possible en cas d’insulinothérapie intensive, et pour le diabète de type 2 à condition que le patient soit traité par insuline basale et que l’HbA1c soit égale ou supérieure à 8% avant l’initiation d’un CGM. 

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