Quand le cancer du sein frappe deux fois

Annick, 65 ans

Le cancer du sein touche des millions de femmes chaque année, mais derrière les statistiques se cachent des récits personnels qui défient les chiffres, révélant des batailles et des victoires. Dans cet article, nous suivons le parcours d’Annick, 65 ans, une retraitée dynamique et passionnée par les grands espaces, qui a affronté la maladie non seulement pour elle-même, mais aussi aux côtés de sa fille. Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme, et chaque année en Suisse, on dénombre environ 6’000 nouveaux cas, avec 80% des femmes concernées ayant 50 ans ou plus au moment du diagnostic. Plus de 80% des personnes touchées survivent à la maladie, soulignant l’importance cruciale du dépistage précoce et des avancées médicales dans la lutte contre cette pathologie.1 | Adeline Beijns

Une vie active avant la maladie

Nous sommes en juillet 2024. Annick a toujours été une femme active, ancrée dans la simplicité d’une vie rythmée par la nature. À 63 ans, elle est retraitée depuis sept ans après une carrière de factrice qui l’a habituée à arpenter les chemins sous tous les temps. 

Ses journées sont remplies de passions toutes plus sportives les unes que les autres : des randonnées en haute montagne qui la mènent sur des sentiers mythiques comme le GR400 autour du volcan du Cantal ou la partie sud du GR20 en Corse, du VTT pour sentir l’adrénaline de la descente, et même, plus récemment, un retour au ski pour défier les pentes enneigées. Optimiste de nature, Annick savoure chaque instant, entourée de son mari et de ses amis, sans se douter que la maladie va bientôt bouleverser son quotidien.

Le(s) diagnostic(s)

Tout a commencé par un geste de soutien maternel. Sa fille Émilie, une chercheuse en oncologie âgée de 42 ans et vivant en Californie, vient d’apprendre qu’elle est atteinte d’un cancer du sein hormono-dépendant. Ce cancer se développe sous l’influence des hormones comme les œstrogènes ou la progestérone, et peut souvent être traité par des thérapies hormonales pour bloquer ses effets. Bouleversée et très inquiète, Annick décide d’avancer sa mammographie de routine, prévue initialement plus tard, pour être en pleine forme et partir aux États-Unis aider sa fille, qui s’apprête à subir une double mastectomie. 

Il n’y a aucun symptôme alarmant chez Annick : pas de douleur, pas de masse palpable. Il s’agit juste d’une précaution prise dans le cadre d’un programme de dépistage. Mais les résultats tombent comme un coup de tonnerre : une tumeur de moins de 2 cm au sein, diagnostiquée comme un cancer HER2 positif. Ce dernier est un sous-type agressif où la protéine HER2 est surexprimée, favorisant une croissance rapide des cellules cancéreuses, mais réceptif à des traitements ciblés comme l’immunothérapie. « Ce n’est pas possible que j’en aie un aussi », se dit-elle, le cœur serré plus pour Émilie que pour elle-même.

Un choc émotionnel 

L’annonce du diagnostic est un choc émotionnel profond. Annick est effondrée, non pas tant pour sa propre santé, mais pour le fardeau ajouté sur sa famille. Son mari, très attaché à leur fille, sombre dans une dépression face à ces deux cancers simultanés, rendant l’atmosphère familiale encore plus lourde. Annick, elle, oscille entre incrédulité et une détermination farouche à ne pas se laisser abattre. Elle se fait « énormément de soucis » pour Émilie, reléguant ses propres peurs au second plan.

Ce qui a aidé… et ce qui a manqué

Pourtant, au milieu de cette tempête, ce qui l’aide le plus est le soutien immédiat de son entourage : amis, famille et surtout son mari, malgré sa fragilité. Ce réseau solidaire est un pilier, mais Annick regrette ce qui manque cruellement : une attention portée à l’entourage. « On nous demande souvent de nos nouvelles, et la famille à côté, on les oublie et ils souffrent », explique-t-elle. Les patients sont pris en charge par le corps médical, mais les proches, eux, restent dans l’ombre. Son mari, par exemple, a fait une dépression et est toujours en traitement depuis plus d’un an, bien qu’il commence enfin à aller mieux. Un accompagnement psychologique plus structuré dès l’annonce, pour aider à digérer le choc familial collectif, aurait été précieux.

Antécédents familiaux 

Les antécédents familiaux jouent un rôle clé dans sa prise en charge. Du côté de ses grands-parents et tantes, le cancer du sein était récurrent, ce qui alerte les médecins et influence les décisions thérapeutiques. On opte pour une approche agressive mais personnalisée, tenant compte de ce risque héréditaire.

Complications et adaptations

Le parcours de soins d’Annick est intense et marqué par des complications inattendues. Tout débute par une opération pour le cancer HER2, au cours de laquelle les chirurgiens découvrent une seconde tumeur, hormono-dépendante celle-ci. Après 12 séances de chimiothérapie, vient une deuxième intervention pour enlever cette nouvelle menace, suivie de 15 séances de radiothérapie et d’une immunothérapie. L’équipe médicale aborde ces complications avec efficacité, en ajustant le plan de traitement étape par étape, expliquant chaque phase pour rassurer Annick. 

En complément de ses soins conventionnels, Annick a également eu recours à l’homéopathie, à l’acupuncture et à un « coupeur de feu ». Elle estime que ces approches l’ont aidée à mieux vivre cette période et les effets liés aux traitements. Tout cela lui permet de traverser la chimiothérapie sans effets secondaires notables, contrairement à Émilie. Ces approches complémentaires, combinées au soutien médical, l’aident à « mieux subir les traitements » et à garder son optimisme intact.

Moments de soutien

Tout au long de ce parcours, Annick se sent particulièrement soutenue lors des traitements hospitaliers. La chirurgienne, l’oncologue et les infirmières sont des figures de réconfort, communiquant avec empathie et professionnalisme. Elle éprouve une « énorme gratitude » envers eux, surtout quand elle compare son expérience à celle de sa fille, qui vivait mal la chimiothérapie en Californie. Ses amis, dont plus de dix avaient eux-mêmes affronté le cancer du sein, sont un soutien inestimable, partageant conseils et expériences via des échanges constants. Cependant, il y a des moments où elle se sent insuffisamment accompagnée, comme pendant la dépression de son mari, où un soutien familial plus intégré aurait pu aider. 

Aujourd’hui : une vie transformée

Aujourd’hui, à 65 ans, Annick va très bien. Elle a repris ses randonnées, son VTT et même le ski, profitant de la vie avec une intensité nouvelle. Les contrôles tous les quatre mois, avec le chirurgien, l’oncologue ou le radiologue, se poursuivront encore pendant cinq ans, mais elle les aborde sereinement.

 De son côté, sa fille Émilie va bien aujourd’hui : elle a subi une reconstruction mammaire et continue ses recherches sur le cancer en Californie, marquant une étape positive dans leur combat commun. Ce qui a le plus changé ?  Sa vision du monde : « Aujourd’hui, avec un cancer, je vois évidemment les choses différemment. Il faut profiter de la vie. » Elle priorise l’instant présent, valorise ses passions pour la nature, et encourage l’écoute de son corps. 


Référence : 1. https://www.liguecancer.ch/a-propos-du-cancer/les-differents-types-de-cancer/le-cancer-du-sein & https://www.swisscancerscreening.ch/fr/depistage-du-cancer/sein/chiffres-et-faits
Cet article vous a plu ?

Abonnez-vous à la version papier Salle d’attente pour avoir accès à toutes les informations sur le sujet: témoignages, tests, adresses utiles, infographies et autres.
Alors n’attendez-plus !

Ou abonnez-vous directement pour 8 éditions !

Loading