Détection précoce et prise en charge des cancers du sein : le modèle lausannois certifié Q-Label

Docteur Didier Jallut
Spécialiste en oncologie médicale et directeur médical du Réseau du sein Lausanne

Chaque année, le mois d’octobre se pare de rose pour rappeler, entre autres, à toutes les femmes l’importance du dépistage du cancer du sein. Derrière les rubans roses et les campagnes de sensibilisation se cache une réalité médicale concrète : plus le cancer est détecté tôt, plus les chances de guérison sont élevées et plus les traitements sont potentiellement moins agressifs. À Lausanne, le Réseau du sein Lausanne (RSL) regroupe les équipes des Cliniques Hirslanden Lausanne et La Source ainsi que plus de 60 médecins affiliés et incarne un modèle de prise en charge particulièrement exigeant. En octobre 2025, ce réseau a obtenu le prestigieux Q-Label décerné par la Ligue suisse contre le cancer et la Société suisse de sénologie. Nous avons rencontré le Dr. Didier Jallut, spécialiste en oncologie médicale et directeur médical du Réseau du sein Lausanne, pour qu’il nous éclaire sur ces enjeux essentiels. | Adeline Beijns

Quel message principal souhaitez-vous transmettre aux femmes sur le dépistage du cancer du sein ?

Le dépistage sauve des vies. C’est le message le plus important que je souhaite faire passer. Lorsqu’un cancer du sein est détecté à un stade précoce, les chances de guérison sont nettement supérieures et les traitements peuvent souvent être moins agressifs. On peut alors proposer des chirurgies conservatrices plutôt qu’une mastectomie, et parfois éviter ou réduire la chimiothérapie. 

À partir de 50 ans, plusieurs cantons suisses proposent des programmes de dépistage organisé par mammographie. Mais nous constatons une augmentation des cancers chez les femmes plus jeunes. C’est pourquoi je recommande à chaque femme d’en parler avec son médecin traitant ou son gynécologue afin de définir la stratégie de dépistage la plus adaptée à son histoire personnelle et familiale. Le plus important est de ne pas attendre l’apparition de symptômes pour agir. Un cancer détecté tôt est un cancer qui se traite mieux et qui laisse moins de séquelles.

Quelle est la mission du Réseau du sein Lausanne et en quoi son approche se distingue-t-elle ?

La mission du RSL est d’offrir à chaque patiente une prise en charge concertée, coordonnée et multidisciplinaire dès le début du parcours, et non après la première intervention. Cela change tout. Au lieu que chaque spécialiste travaille de manière isolée, nous réunissons systématiquement l’ensemble des professionnels concernés autour du dossier de la patiente. Chirurgiens, oncologues médicaux, radiologues, anatomopathologistes, radio-oncologues, infirmières spécialisées, psycho-oncologues et autres experts discutent ensemble pour définir la meilleure stratégie. Ce qui distingue le RSL, c’est aussi la collaboration étroite entre deux institutions privées majeures : les cliniques Hirslanden Lausanne et La Source.Plus de 70 collaborateurs travaillent ensemble au quotidien avec la même exigence de qualité. Cette organisation en réseau permet d’éviter les retards, les doublons d’examens et les décisions prises sans vision globale. C’est un modèle relativement rare en Suisse et qui apporte une réelle valeur ajoutée aux patientes.

Comment accompagnez-vous les patientes tout au long de leur parcours de soins ?

Dès le diagnostic, nous mettons en place un accompagnement structuré. Chaque patiente bénéficie d’une consultation médicale et d’une rencontre avec une infirmière référente qui va l’accompagner tout au long du parcours. Nous abordons très tôt les questions importantes : les options thérapeutiques, la préservation de la fertilité chez les femmes jeunes, le soutien psychologique grâce aux psycho-oncologues, et l’activité physique, qui joue un rôle majeur dans la récupération. Nous développons d’ailleurs un programme innovant de « patientes témoins » pour renforcer le soutien par les pairs. L’objectif est que chaque femme se sente écoutée, informée et soutenue à chaque étape. 

Pourquoi l’approche multidisciplinaire est-elle si importante ?

Parce qu’elle permet d’établir la meilleure stratégie thérapeutique globale et la meilleure séquence de traitements. Par exemple, si une radiothérapie est prévue après la chirurgie, cela peut influencer le type de chirurgie choisi en amont. En réunissant tous les spécialistes autour de la table, nous évitons les décisions isolées et nous optimisons les résultats tout en préservant au maximum la qualité de vie des patientes. Cette coordination est l’un des piliers de la qualité des soins que nous proposons au RSL.

Que représente la certification du Q-Label pour les équipes et pour les patientes ?

L’obtention du Q-Label en octobre 2025 couronne un travail collectif et rigoureux mené depuis plus de dix ans, d’abord par les médecins fondateurs du Réseau lausannois du sein, puis par son association avec les deux cliniques lausannoises, Hirslanden clinique Cecil et La Source. Délivré par la Ligue suisse contre le cancer et la Société suisse de sénologie, il exige la satisfaction de 70 critères de qualité. Parmi ces critères figurent notamment : la prise en charge d’un volume suffisant de patientes (au moins 125 par an), la discussion systématique de tous les cas lors de colloques multidisciplinaires hebdomadaires, la participation active à des études cliniques, et surtout l’implication réelle de chaque patiente dans l’élaboration de son plan thérapeutique et dans le choix des soins de support. Des audits réguliers garantissent que ces standards sont maintenus dans la durée. Pour les équipes, c’est une fierté immense et une validation externe de leur engagement quotidien. Le Q-Label, ce n’est pas qu’un label. C’est avant tout la garantie d’un traitement personnalisé et adapté au diagnostic de chaque patiente.

Un dernier mot, cher Docteur ?

Nous vivons une période particulièrement passionnante en sénologie. Le pronostic du cancer du sein s’améliore de façon continue. Nous guérissons aujourd’hui beaucoup plus de femmes qu’il y a vingt ans, et ce avec des traitements de plus en plus efficaces et de moins en moins toxiques. C’est extrêmement motivant au quotidien. Personnellement, je ne peux pas envisager d’arrêter ce métier : chaque jour apporte son lot de défis, mais aussi d’espoir et de belles victoires. L’avenir est prometteur et je suis très enthousiaste à l’idée des avancées qui nous attendent encore dans les années à venir. 

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