
Gynécologue-obstétricienne au Centre Médical d’Aubonne
HPV : 3 infos clés à retenir
Il évolue lentement vers un cancer sur une période de 10 à 15 ans
Le vaccin est recommandé entre 11 et 14 ans, remboursé pour les filles et les garçons (possible jusqu’à 26 ans)
La vaccination ne remplace pas le dépistage, qui reste la meilleure protection
Le papillomavirus humain (HPV) est le virus sexuellement transmissible le plus fréquent dans le monde. Pourtant, il reste encore trop souvent méconnu du grand public. Responsable de la quasi-totalité des cancers du col de l’utérus et impliqué dans d’autres cancers (anus, ORL, pénis), il constitue un véritable enjeu de santé publique. Pour faire le point sur les risques, la prévention et la vaccination, nous avons rencontré la Dre. Antonia Pop, gynécologue-obstétricienne au Centre Médical d’Aubonne (EHC). | Adeline Beijns
Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est le papillomavirus humain (HPV) et pourquoi il représente un enjeu majeur de santé publique ?
Le HPV, ou papillomavirus humain, est une famille très large de virus dont une grande partie est spécifique à la zone génitale. Il se transmet principalement par contact direct peau à peau lors des relations sexuelles, y compris vaginales, anales ou orales, même sans pénétration. Certains types sont particulièrement agressifs et peuvent, en cas d’infection persistante, évoluer vers un cancer.
D’autres sont moins dangereux et provoquent simplement des verrues ou des condylomes, qui sont des lésions bénignes. Grâce aux progrès de la médecine, nous disposons aujourd’hui d’un test de dépistage très fiable ainsi que d’un vaccin efficace.
Ce virus constitue un enjeu majeur de santé publique car il est extrêmement répandu et responsable de nombreux cancers, en particulier chez les femmes, mais pas uniquement.
Quels sont, aujourd’hui, les principaux risques associés à une infection par le HPV, chez les femmes comme chez les hommes ?
Le risque principal est l’évolution vers un cancer. Le plus connu est bien sûr le cancer du col de l’utérus, mais le HPV peut aussi être à l’origine de cancers de l’anus, de la sphère ORL (bouche et gorge) et, chez l’homme, du pénis. Dans la très grande majorité des cas, le système immunitaire élimine spontanément le virus en 2 à 3 ans. Malheureusement, chez certaines personnes, l’infection persiste. Si le virus reste présent sur le col de l’utérus, il peut entraîner des lésions précancéreuses qui, sans dépistage ni traitement, évoluent lentement vers un cancer en 10 à 15 ans.
La vaccination contre le HPV est recommandée chez les jeunes. Où en est-on actuellement en termes de couverture vaccinale en Suisse ?
Le vaccin a été développé spécifiquement contre les types de HPV présents dans la sphère génitale les plus à risque. Il est recommandé avant le début de la vie sexuelle, idéalement entre 11 et 14 ans. Malheureusement, la couverture vaccinale en Suisse n’est pas encore optimale. Elle varie beaucoup selon les cantons et se situe actuellement à environ 71% chez les jeunes femmes, et 49% chez les jeunes hommes, alors que l’objectif idéal serait d’atteindre 80%.
Quels freins observez-vous encore chez les patients ou les parents concernant cette vaccination ?
Le vaccin est très sûr et comporte seulement deux doses avant 15 ans (trois doses entre 15 et 26 ans). Il est entièrement remboursé par l’assurance de base, tant pour les filles que pour les garçons.
Pourtant, trois freins reviennent souvent : la peur du vaccin, la croyance erronée que « je n’en ai pas besoin, je suis avec le même partenaire depuis longtemps », et tout simplement le manque d’information sur le remboursement ou la possibilité d’un rattrapage vaccinal jusqu’à 26 ans. Je tiens à insister : penser que l’on n’a pas besoin du vaccin parce que l’on est en couple stable est une grave erreur.
Quels messages clés souhaiteriez-vous transmettre pour améliorer la prévention et réduire l’incidence des cancers liés au HPV ?
Trois messages essentiels : le vaccin est sûr, efficace et toujours utile, même après le début de la vie sexuelle. La vaccination ne remplace pas le dépistage régulier du cancer du col de l’utérus par un frottis ou un test HPV. Enfin, le vaccin concerne autant les filles que les garçons : en vaccinant les garçons, on réduit la circulation du virus et on protège toute la population. La prévention combinée, c’est-à-dire la vaccination, plus le dépistage est notre meilleure arme pour faire reculer durablement les cancers liés au HPV. N’hésitez donc pas à en parler avec votre médecin ou votre pédiatre.
Sources : Confédération suisse, Vaccination de base contre les HPV pour les garçons : https://www.bag.admin.ch/dam/fr/sd-web/koONwgRj6VKD/art.12a%20bst.%20q_klv_empf_basisimpfung_hpv_jungen_6november2023.pdf, consulté en juin 2026

Abonnez-vous à la version papier Salle d’attente pour avoir accès à toutes les informations sur le sujet: témoignages, tests, adresses utiles, infographies et autres.
Alors n’attendez-plus !
![]()