Fibrillation auriculaire : risques majeurs et avancées thérapeutiques

Professeur Etienne Pruvot
Médecin-chef dans l’Unité des Troubles du 
Rythme au Service de Cardiologie du CHUV et médecin partenaire chez Hirslanden Clinique Cecil

La fibrillation auriculaire est le trouble du rythme cardiaque le plus fréquent. Elle touche environ 2% de la population suisse et sa prévalence augmente nettement avec l’âge. Si elle passe parfois inaperçue, elle altère fortement la qualité de vie de nombreux patients et multiplie le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) ou d’autres complications graves. Pour mieux comprendre cette maladie complexe, ses risques, les progrès thérapeutiques et le rôle du mode de vie, nous avons interrogé le Pr. Etienne Pruvot, Médecin-chef dans l’Unité des Troubles du Rythme au Service de Cardiologie du CHUV, Médecin partenaire chez Hirslanden Clinique Cecil et Professeur honoraire à l’Université de Lausanne. | Adeline Beijns

Quels sont les principaux risques et complications associés à la fibrillation auriculaire si elle n’est pas correctement prise en charge ?

La fibrillation auriculaire est une maladie complexe qui associe des facteurs génétiques et des facteurs acquis comme le sur-poids, la consommation d’alcool, la sédentarité et le vieillissement. En Suisse, elle touche environ 2% de la population, et ce chiffre atteint 5% dès l’âge de 50 ans. Elle altère très significativement la qualité de vie, même si certains patients ne ressentent rien. D’autres, en revanche, vivent dans la peur permanente d’une crise et n’osent plus sortir de chez eux. Certaines études montrent que la fibrillation auriculaire peut altérer la qualité de vie dans des proportions comparables à celles observées chez des personnes atteintes d’un cancer du sein. Sur le plan médical, l’arythmie peut générer des AVC : on estime que 15 à 30% des AVC sont liés à la fibrillation auriculaire. Le risque de mortalité est multiplié par deux chez les personnes atteintes.

Quels progrès ont été réalisés ces dernières années dans les traitements, notamment en matière de techniques minimales-invasives ?

Les progrès les plus marquants concernent les approches interventionnelles. Il existe deux grands types d’interventions. Les interventions palliatives sont destinées aux patients âgés ou qui présentent de nombreuses comorbidités : on implante un pacemaker pour maintenir un rythme cardiaque adéquat après avoir déconnecté les oreillettes des ventricules par une intervention simple réalisée en ambulatoire. Les interventions curatrices, quant à elles, visent à prévenir les crises de fibrillation auriculaire. Réalisées sous anesthésie générale, elles consistent à isoler les veines pulmonaires, qui sont souvent à l’origine des déclenchements de la fibrillation auriculaire. Ces procédures ont beaucoup progressé au cours des 15 dernières années : elles sont désormais plus sûres, avec un risque de complications nettement réduit. Elles diminuent également le risque de décès, d’AVC et de démence (y compris Alzheimer et démence vasculaire), qui est augmenté en cas de fibrillation auriculaire non traitée.

Dans quels cas privilégie-t-on une approche interventionnelle plutôt qu’un traitement médicamenteux ?

Le traitement médicamenteux reste toujours la première étape. Nous commençons par des médicaments pour calmer la fibrillation auriculaire et, si le risque d’AVC est élevé, par des anticoagulants. Ensuite, nous discutons avec le patient en tenant compte de son âge, de ses autres maladies, de ses souhaits personnels et de la façon dont il supporte les médicaments. Selon ces éléments, nous pouvons proposer soit de poursuivre le traitement médicamenteux seul, soit d’opter pour une intervention palliative (pacemaker), soit pour une intervention curatrice (ablation).

Quel rôle le mode de vie joue-t-il dans la prise en charge, et comment s’organise le suivi à long terme pour prévenir les récidives et les complications ?

Le mode de vie joue un rôle majeur, et toutes les études des 15 dernières années le confirment. L’alcool est un facteur de risque très important, tout comme le surpoids. Perdre du poids permet de diminuer nettement le nombre d’épisodes de fibrillation auriculaire. L’accumulation de graisse à la surface du cœur infiltre le muscle cardiaque et favorise les arythmies. Le sport est excellent et réduit le risque de fibrillation auriculaire, mais attention : au-delà de 8 heures d’activité intense par semaine, le risque peut paradoxalement augmenter. Il existe aussi une composante génétique avec une transmission familiale possible.

Le suivi à long terme est essentiel. Il repose sur une combinaison de traitement adapté (médicaments ou intervention), d’une hygiène de vie personnalisée et de contrôles réguliers chez le cardiologue et le médecin traitant. L’objectif est de prévenir les récidives, de maintenir une bonne qualité de vie et d’éviter les complications graves comme l’AVC ou la démence. Grâce à ces avancées et à une prise en charge globale, la plupart des patients peuvent aujourd’hui vivre sereinement avec une fibrillation auriculaire bien contrôlée. 


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