Sécheresse oculaire : un mal fréquent, des réponses nouvelles 

Docteure Aleksandra Petrovic
Spécialiste FMH en ophtalmologie
au sein de Swiss Visio Beau-Rivage

Yeux qui brûlent, qui grattent, vision floue devant les écrans ou fatigue visuelle en fin de journée… La sécheresse oculaire est devenue l’un des premiers motifs de consultation en ophtalmologie. Largement favorisée par les écrans, les atmosphères confinées ou climatisées, cette pathologie a longtemps été traitée par l’instillation de larmes artificielles, uniquement. Aujourd’hui, la compréhension des mécanismes menant à une sécheresse oculaire a ouvert la voie à des traitements innovants, comme la lumière pulsée (IPL), qui permet d’agir plus en profondeur et de proposer une prise en charge plus globale et durable pour les patients. Pour en savoir plus, nous avons interviewé la Dre. Aleksandra Petrovic, spécialiste FMH en ophtalmologie au sein de Swiss Visio Beau-Rivage, qui nous éclaire sur cette condition et sur l’IPL, un traitement innovant qui gagne du terrain. | Adeline Beijns

Qu’est-ce que la sécheresse oculaire et comment se manifeste-t-elle au quotidien ? 

La sécheresse oculaire est une maladie inflammatoire de la surface de l’œil, liée à une insuffisance ou à une mauvaise qualité de larmes. Elle est une maladie multifactorielle, ce qui signifie qu’elle peut résulter de plusieurs causes différentes, qui peuvent se combiner entre elles. Parmi les facteurs les plus courants, sont retrouvés : un dysfonctionnement des glandes de Meibomius, le port chronique de lentilles de contact, des changements hormonaux, comme la ménopause, les suites d’une conjonctivite infectieuse ou d’une chirurgie oculaire (laser pour la myopie ou chirurgie de la cataracte). D’autres éléments comme l’exposition prolongée aux écrans, l’air sec des climatisations, les allergies saisonnières ou même certains médicaments peuvent aggraver la situation. Au quotidien, cette affection se manifeste par des symptômes inconfortables qui perturbent les activités les plus banales. Les plus fréquents incluent des démangeaisons ou des brûlures oculaires, une sensation de sable ou de corps étranger, une vision fluctuante ou une fatigue visuelle  en fin de journée. 

Quel est le rôle des glandes de Meibomius et pourquoi leur dysfonctionnement est-il souvent lié à la sécheresse oculaire ?  

Les glandes de Meibomius sont de minuscules glandes situées dans les paupières supérieures et inférieures. Elles sécrètent une huile, appelée meibum, qui s’étale directement sur la surface de l’œil pour former une barrière protectrice qui hydrate l’œil en empêchant l’évaporation trop rapide des larmes. En outre, cette couche lubrifie la cornée pour un clignement fluide, et homogénéise la surface de l’œil, c’est-à-dire qu’elle affine la qualité de la vision en rendant les images plus nettes et stables. Sans cette huile ou avec une huile de qualité altérée, les larmes s’évaporent vite, laissant l’œil exposé et irrité, avec une vision fluctuante. Avec le temps, une inflammation secondaire s’installe sur la surface de l’œil, qui va également modifier la qualité du meibum, entretenant un véritable cercle vicieux. Le dysfonctionnement des glandes de Meibomius est la première cause de sécheresse oculaire. 

En quoi consiste le traitement par impulsions lumineuses (IPL) ? 

L’IPL, pour intense pulsed light, est une technologie médicale qui utilise des flashs lumineux contrôlés, appliqués sur la peau du visage, autour et parfois sur les paupières. Pendant la séance, les yeux du patient sont protégés avec un masque adapté, pour éviter toute exposition directe, et un gel conducteur est appliqué sur la peau. La procédure est rapide, elle dure quelques minutes, et elle est indolore.

Le traitement a d’abord été développé par les dermatologues pour traiter des affections cutanées, puis adapté en ophtalmologie pour traiter certaines formes de sécheresse oculaire. La lumière agit directement sur l’inflammation de la surface oculaire et sur les glandes de Meibomius, permettant de les déboucher, de fluidifier les sécrétions et de rétablir un film lacrymal plus stable et homogène. L’inflammation est diminuée et certains petits vaisseaux dilatés autour des paupières peuvent disparaître. Le traitement est rapide, non invasif et vise à agir sur les causes du problème plutôt que de se limiter au soulagement des symptômes.

Pourquoi parle-t-on d’un traitement non invasif et en quoi l’IPL se distingue-t-il des autres options thérapeutiques existantes ?

L’IPL est considéré comme non invasif parce qu’il n’implique aucune incision, injection ou manipulation physique intrusive. Contrairement aux traitements traditionnels, comme l’usage de larmes artificielles, l’IPL fonctionne en amont des symptômes, sur le fonctionnement même des glandes de Meibomius. Il permet donc un traitement à la source du problème, et un effet plus durable.

Quels bénéfices peut-on attendre de l’IPL en termes de confort visuel et de réduction des symptômes de sécheresse oculaire ?

Les bénéfices de l’IPL impliquent une diminution des symptômes des patients, donc une diminution des brûlures oculaires ou des démangeaisons, ainsi qu’une meilleure qualité de vision. A l’examen clinique, nous pouvons objectiver cette amélioration en notant une diminution de la rougeur des paupières ou des yeux, ainsi qu’une meilleure stabilité du film lacrymal. Certains patients diminuent également la quantité de larmes artificielles utilisée. Dans les études, les scores évaluant la sévérité de la sécheresse ainsi que les éléments objectifs retrouvés par l’examen sont, dans les deux cas, améliorés significativement par l’IPL.

À quels profils de patients ce traitement peut-il être proposé et quelles précautions doivent être prises avant d’y recourir ?

L’IPL est particulièrement adapté aux patients avec une sécheresse oculaire liée à un dysfonctionnement des glandes de Meibomius, chez lesquels le traitement de base (instillation de larmes artificielles et massages des paupières) ne suffit plus. Avant toute prise en charge, un examen médical minutieux est important, afin de confirmer l’indication. Certaines précautions sont nécessaires, notamment en cas de pathologies cutanées, de prise de certains médicaments photosensibilisants ou de photosensibilité. Une exposition au soleil durant les 48 heures qui suivent le traitement est déconseillée.

Un dernier mot ? 

La sécheresse oculaire se soigne mieux qu’on ne le pense : avec un diagnostic précis et des traitements ciblés, les patients peuvent retrouver confort et vision plus claire. 

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