Ostéoporose : comment protéger vos os ?

Docteure Evangelia Passia
Rhumatologue et interniste FMH spécialisée
au Centre Médical Montchoisi 35 à Lausanne

L’ostéoporose, une affection qui affaiblit progressivement les os, touche des millions de personnes dans le monde et reste souvent méconnue jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Selon la Ligue suisse contre le rhumatisme, la probabilité de subir une fracture à la suite d’une ostéoporose à partir de 50 ans s’élève en moyenne à 51% pour les femmes et à 20% pour les hommes.1 Pour mieux comprendre cette maladie et les moyens de la prévenir, nous avons interrogé la Dre. Evangelia Passia, rhumatologue et interniste FMH spécialisée, qui a rejoint le Centre Médical Montchoisi 35 à Lausanne. Dans cette interview, elle nous éclaire sur les enjeux de l’ostéoporose et partage des conseils pratiques pour préserver la santé osseuse. | Adeline Beijns

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est l’ostéoporose et pourquoi on la qualifie souvent de maladie « silencieuse » ?

L’ostéoporose est une maladie fréquente des os qui affecte l’ensemble du squelette, altérant à la fois la quantité et la qualité de la densité osseuse. Il s’agit essentiellement d’une perte de masse osseuse, où les os deviennent plus poreux et fragiles, comme une éponge qui perd de sa densité. Selon l’Office fédéral de la statistique suisse (chiffres de 2019), 6% de notre population est touchée par cette affection, qui provoque environ 80’000 fractures par an. Un chiffre particulièrement alarmant est que 83% des femmes atteintes ne reçoivent aucun traitement, ce qui accentue les risques. 

Chez les personnes souffrant d’ostéoporose, le risque de fractures dites « de fragilité » est élevé : ce sont des fractures qui surviennent facilement, par exemple lors d’une chute de sa propre hauteur, d’un faux mouvement ou même en toussant, éternuant ou en se penchant. Ces fractures touchent souvent la hanche, les vertèbres ou le poignet, et peuvent entraîner des complications graves comme une perte d’autonomie, des douleurs chroniques voire un risque accru de mortalité dans l’année suivante. On la qualifie de maladie « silencieuse » car elle est indolore et progresse sans signes évidents pendant des années. Son premier symptôme est souvent la première fracture elle-même, qui survient de manière inattendue et peut changer radicalement la qualité de vie.

Quelles sont les populations les plus vulnérables au développement de l’ostéoporose ?

Les femmes sont particulièrement touchées, car la ménopause marque le début d’une perte accélérée de densité osseuse due à la chute des niveaux d’œstrogènes, des hormones protectrices pour les os. De manière plus générale, les personnes les plus à risque incluent celles âgées de plus de 60 ans, où le vieillissement naturel ralentit la formation osseuse, mais aussi celles ayant une alimentation déficiente en calcium ou présentant un manque en vitamine D, les deux étant essentiels pour la minéralisation et la structure des os.

D’autres facteurs augmentent le risque, comme le faible poids corporel (par exemple en cas d’anorexie mentale), les dérèglements hormonaux (par exemple, une hyperthyroïdie non traitée), une ménopause précoce (dès 42 ans) qui expose plus longtemps à cette perte hormonale, une hyperactivité des glandes parathyroïdes qui perturbe l’équilibre calcique, le tabagisme, la surconsommation d’alcool, des prédispositions génétiques (si un parent a souffert d’ostéoporose ou de fractures de fragilité), ou des maladies inflammatoires gastro-intestinales telles que la maladie de Crohn ou la colite ulcéreuse, qui altèrent l’absorption des nutriments. Enfin, une exposition prolongée à certains médicaments comme les glucocorticoïdes peut aggraver la vulnérabilité.

Quels symptômes ou circonstances devraient nous inciter à consulter un médecin ?

Toute fracture survenant après 50 ans doit alerter, surtout si elle résulte d’un traumatisme mineur ou même sans traumatisme apparent. Un signe qui doit alerter une personne est par exemple une perte de hauteur de 4 cm ou plus, avec le dos voûté. Les fractures vertébrales peuvent aussi se produire de façon spontanée, il arrive souvent qu’elles ne soient même pas détectées et qu’elles soient considérées comme un lumbago.

Comment diagnostique-t-on l’ostéoporose de nos jours, et dans quels cas recommande-t-on un dépistage ?

Le diagnostic repose principalement sur l’ostéodensitométrie osseuse, une technique non invasive avec une faible irradiation, qui mesure la densité osseuse au niveau de la hanche, de la colonne vertébrale et des poignets, c’est-à- dire les sites où les fractures ont les conséquences les plus graves. Elle permet de classer la maladie en deux stades : une perte de 10 à 25% indique une ostéopénie, tandis qu’une perte égale ou supérieure à 25% confirme l’ostéoporose.

Cet examen peut être complété par des analyses de sang pour évaluer le métabolisme osseux et l’efficacité des traitements. Parfois, nous utilisons le questionnaire FRAX pour estimer le risque de fracture. Le dépistage est recommandé en cas de fracture du col du fémur, du bassin ou vertébrale spontanée sans traumatisme majeur, d’usage prolongé de glucocorticoïdes, de ménopause précoce ou d’hypogonadisme chez l’homme. En plus de cela, il est aussi recommandé en cas de troubles gastro-intestinaux qui entraînent une malabsorption, en cas d’hyperparathyroïdie primaire et en cas d’ostéogenèse imparfaite.

Quelles habitudes quotidiennes peuvent contribuer à maintenir la solidité de nos os ?

La nutrition joue un rôle clé : adoptez une alimentation équilibrée, riche en calcium (recommandation de 1’000 mg par jour pour un adulte), en vitamine D (qui favorise l’absorption du calcium et sa fixation dans les os) et en protéines. Une exposition au soleil de 20 minutes, visage et avant-bras, trois fois par semaine, suffit généralement à couvrir les besoins en vitamine D.

Sinon, une supplémentation vitamino-calcique peut être prescrite par votre médecin. Les protéines sont quant à elles, essentielles pour développer la masse musculaire, et les personnes âgées en manquent souvent. Par ailleurs, une activité physique régulière et notamment les exercices de mise en charge préservent la densité osseuse et améliorent l’équilibre, diminuant le risque de chute.

Avez-vous un message final à partager avec nos lecteurs ?

Pour les personnes à haut risque de fracture, un mode de vie favorisant uniquement la santé osseuse est insuffisant pour prévenir la survenue des fractures ostéoporotiques. Ces patients sont ainsi susceptibles d’avoir besoin d’un traitement.  

Aujourd’hui, nous avons plusieurs options de traitement qui seront prescrites à chaque patient en tenant compte de son profil de risque individuel et de ses comorbidités. Une approche thérapeutique correcte permet de maintenir une vie active et indépendante, n’hésitez donc pas à en discuter avec votre médecin.


Référence : 1. https://www.ligues-rhumatisme.ch/rhumatismes-de-a-a-z/osteoporose 

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