Le désir sexuel décrypté : un regard sur notre libido

Désir sexuel

Rien n’est plus intrigant que le désir sexuel. Bien que cette pulsion soit une facette essentielle de la sexualité, le comprendre s’apparente parfois à la résolution d’un puzzle aux innombrables pièces. Engageant des aspects physiologiques, émotionnels, psychologiques et sociaux, il varie considérablement d’une personne à l’autre et fluctue selon les étapes et les circonstances de la vie. Entretien réalisé auprès du Dr. Lakshmi Waber, Psychiatre et psychothérapeute au Centre de Psychothérapie Varembé à Genève. 

Par Adeline Beijns

Qu’est-ce que le désir sexuel ?

Aussi appelé libido ou pulsion sexuelle, ou Eros, le désir sexuel est l’envie d’avoir, de manière générale, des activités sexuelles seul ou à plusieurs. Il s’agit d’un besoin physiologique et émotionnel qui varie considérablement d’une personne à l’autre. Certaines personnes ont un désir sexuel élevé, tandis que d’autres n’en ont que très peu, voire pas du tout. Il est influencé par une interaction complexe de divers facteurs, notamment biologiques, psychologiques et sociaux.

Les patients qui viennent vous consulter pour une baisse de désir, ont-ils un profil particulier ?

Pendant longtemps, les hommes avaient tendance à venir consulter pour des problèmes d’éjaculation rapide alors que les femmes venaient pour aborder et trouver une solution à un manque de désir sexuel. Cela n’est plus le cas aujourd’hui. Le manque de désir touche autant les hommes que les femmes parmi les patients qui viennent consulter. On peut toutefois dire qu’il concerne surtout les personnes, en couple depuis un certain temps, aux alentours de 40 ans. Cela reste assez rare chez les jeunes même si le manque de désir peut aussi se faire ressentir dès la vingtaine.

Récupéré sur : giphy.com

Quelles peuvent être les causes d’un manque ou d’une baisse de désir ?

La diminution ou l’absence totale de désir sexuel, appelée cliniquement, s’il y a une souffrance, trouble du désir sexuel hypoactif, peut avoir diverses origines. Ainsi, des maladies, comme le vaginisme chez les femmes, peuvent avoir pour conséquence de diminuer le désir sexuel. La consommation chronique de substances toxiques peut aussi l’affecter. Les troubles mentaux tels que la dépression et l’anxiété sont aussi des causes récurrentes. En outre, les problèmes d’estime de soi et d’image corporelle peuvent avoir une influence négative sur la libido.

Sur le plan social ou relationnel, les conflits au sein d’une relation, le manque de communication, les problèmes de confiance, l’insatisfaction générale et les croyances peuvent entraîner une baisse de l’intérêt sexuel. Un niveau élevé de stress, qu’il soit lié au travail, à la famille ou à d’autres situations sociales, peut également être une cause majeure de baisse de la libido.

Il convient de noter que ces facteurs interagissent souvent de manière complexe et qu’une baisse du désir sexuel peut avoir une ou plusieurs origines. Bien que les fluctuations du désir sexuel soient tout à fait normales, si le manque de désir sexuel est persistant, cause de la détresse ou affecte la relation, il est conseillé de demander l’aide d’un professionnel de la santé.

On entend de plus en plus parler que le visionnage de films pornos peut, paradoxalement, induire un manque de désir sexuel. Comment expliquez-vous cela ?

La relation entre la consommation de pornographie et le désir sexuel est complexe. La pornographie devrait être une source pour alimenter l’imaginaire érotique plutôt qu’une aliénation qui empêche toute sexualité épanouie. Un des facteurs susceptibles d’avoir un impact négatif est que les individus peuvent s’habituer à la stimulation intense et aux scénarios spécifiques présentés dans la pornographie, ce qui peut diminuer la capacité à désirer des rencontres sexuelles réelles. Cela peut entraîner une baisse du désir sexuel pour les partenaires réels, des troubles de l’érection ou des difficultés à atteindre l’orgasme.

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Un autre problème est que la consommation excessive de pornographie peut devenir un comportement compulsif ou une dépendance. Comme d’autres formes d’addiction, cela peut conduire à négliger les relations sociales, les responsabilités et les autres centres d’intérêt, y compris les relations sexuelles dans la vie réelle. Au-delà de cela, ces personnes souffrent du fait qu’il n’y ait plus ni imaginaire ni sensations corporelles. Le rôle du thérapeute est alors d’amener le patient à nourrir à nouveau son imaginaire érotique et à se reconnecter avec son corps.

Que faire pour retrouver un désir sexuel normal ?

Il convient tout d’abord de reconnaître et d’accepter qu’un désir sexuel normal n’existe pas et qu’il fluctue en intensité et dans sa dynamique en fonction des périodes de la vie. Il n’y a donc pas de prise en charge thérapeutique unique et il faut explorer ce qui correspond à chacun. C’est généralement dans le modèle bio-psycho-social c’est-à-dire dans une approche multi-systémique que l’on cherche à trouver ce qui va insuffler à nouveau du désir sexuel.

Le mot de la fin cher Docteur Waber ?

Indépendamment de la question de désir, une sexualité épanouie est importante pour la santé physique et psychique.

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