Au secours, j’ai un ver solitaire !

A l’heure où on parle plus volontiers de notre vie sexuelle que de ce qui se passe dans nos intestins, mon ami Stéphane, m’a secrètement confié, avoir eu récemment un ver solitaire (aussi appelé ténia). Cette expérience traumatisante aura eu raison de son amour pour le tartare de bœuf.

Par Adeline Beijns

Au fond des entrailles

La contamination par le ténia est causée par l’ingestion d’aliments contenant des œufs ou des larves de ténia. Selon que vous ingérez des œufs ou des larves, le développement du ver solitaire dans votre corps sera différent. Ainsi, si vous avalez des œufs de ténias, ces derniers peuvent migrer en dehors des intestins et former des kystes larvaires dans les tissus et organes du corps. Vous souffrez dans ce cas, d’une infection invasive. En revanche, si ce sont des larves de ténias que vous consommez, à votre insu, l’infection sera limitée et le ténia se développera uniquement dans votre intestin grêle. Dans de rares cas, les ténias peuvent entraîner des complications graves, notamment l’obstruction de l’intestin ou de plus petits conduits dans l’intestin (comme le canal biliaire ou le canal pancréatique).

Un ténia adulte est constitué d’une tête, d’un cou et d’un corps formé d’une succession d’anneaux appelés proglottis. C’est de ces derniers que Stéphane, informaticien de 34 ans, se souvient le plus. « J’ai découvert que j’avais un ténia, le jour où, en voulant tirer la chasse après être allé aux toilettes, j’ai vu des grosses pelotes de filaments blancs au fond de la cuvette. J’ai failli m’évanouir » confie ce grand gaillard. On le comprend fort bien d’autant plus que ce ver, hermaphrodite, peut vivre 30 à 40 ans chez son hôte et atteindre une taille de 10 mètres de long.

Bien qu’il existe une multitude de vers, deux espèces touchent essentiellement l’être humain à savoir, le ténia inerme, qui provient d’une viande de bœuf contaminée et le ténia armé provenant du porc.

Symptômes

« Lorsque mon médecin m’a demandé si j’avais eu des signes ou des problèmes intestinaux qui auraient pu indiquer la présence d’un ver solitaire, je n’ai rien trouvé à lui dire. A part une légère perte de poids, ce parasite s’était bien développé en moi tout en restant silencieux » poursuit Stéphane.

La plupart des personnes concernées par le ténia ne présentent pas de symptômes mais lorsqu’il y en a, il peut s’agir de nausées, d’une faiblesse généralisée, d’une perte d’appétit, de douleurs abdominales, de diarrhée voire d’une envie irrépressible de sel.

« Ce qui m’a beaucoup perturbé c’est le fait de ne pas savoir où je l’ai attrapé même si je suspecte le tartare de bœuf, que je mange au moins une fois par semaine au restaurant, d’en être la cause » explique-t-il.

Ma vie à 3

« C’est comme ça que ma copine m’a dit qu’elle voyait notre couple à présent : il y avait nous deux et le « ver » » explique Stéphane. La présence du ver a d’ailleurs refroidi sa compagne au point qu’ils n’ont plus eu le moindre rapport sexuel pendant un mois. « Elle n’a plus rien voulu faire tant qu’ « il » était encore là. Je la comprends, c’est sûr que l’idée d’un ténia, n’est pas très sexy ».

Mais pour Stéphane, l’impact relationnel du ver solitaire ne s’arrête pas là : sa famille et ses amis n’ont pas voulu utiliser ses toilettes tant qu’il était infecté, de peur d’être eux-mêmes « colonisés ». On comprend mieux pour quelles raisons, certaines personnes n’osent pas en parler lorsque cela leur arrive.

Traitement

Le diagnostic de la présence d’un ver solitaire peut nécessiter un échantillon de selles pour identifier le genre de ver. Si les vers ne sont pas détectés dans les selles, le médecin peut demander une analyse de sang pour vérifier la présence d’anticorps produits pour combattre l’infection par le parasite.

Le type et la durée du traitement peuvent dépendre du type de ver que vous avez. Les ténias sont généralement traités avec un médicament, pris par voie orale, qui paralyse le parasite qui est alors évacué avec les selles. « Là encore, deuxième moment traumatisant : lorsque le reste du ténia est sorti. Il faut avoir le cœur bien accroché » se souvient Stéphane.

Prévention

Pour prévenir toute contamination par le ténia, voici quelques recommandations à observer :

  • Lavez-vous les mains à l’eau et au savon avant de manger ou de manipuler des aliments et après être allé aux toilettes.
  • Lorsque vous voyagez dans des régions où le ténia est plus fréquent, lavez et faites cuire tous les fruits et légumes avec de l’eau potable avant de les manger. Si l’eau n’est pas sans danger, veillez à la faire bouillir pendant au moins une minute, puis laissez-la refroidir avant de l’utiliser.
  • Faites bien cuire la viande de bœuf et de porc à une température d’au moins 65 degrés pour tuer les œufs et les larves du parasite et évitez aussi la consommation de poissons crus ou insuffisamment cuits.

A bon entendeur…

Références

https://www.revmed.ch/revue-medicale-suisse/2007/revue-medicale-suisse-111/parasitoses-intestinales-et-hepatiques-diagnostic-et-traitement
https://fr.wikipedia.org/wiki/T%C3%A9nia
https://www.concordia.ch/fr/guide-pratique/wuermer.html

Vous avez aimé cet article ? Ne manquez pas :

Cet article vous a plu ?
Abonnez-vous à la version papier Salle d’attente pour avoir accès à toutes les informations sur le sujet: témoignages, tests, adresses utiles, infographies et autres.
Alors n’attendez-plus !
CHF39.00

Loading

Partagez sur

Facebook

Plus d’articles :

Le Top 5 des causes courantes de baisse de libido

La libido varie au fil du temps, des saisons et des périodes de vie. Fatigue, stress, hormones, tensions… il n’y a pas
une cause unique, mais souvent un mélange de facteurs. Bonne nouvelle : il existe toujours des moyens simples de
rétablir l’équilibre et de raviver le désir.

Loading

Lire la suite »

Médecine nucléaire : l’espoir par les rayons

Movember est bien plus qu’un symbole : chaque année, ce mois de sensibilisation permet de rappeler l’importance du dépistage et de libérer la parole autour des cancers masculins. Il est essentiel de mettre en lumière les avancées médicales qui transforment le quotidien des patients. Parmi elles, la médecine nucléaire émerge comme un pilier innovant, alliant diagnostic précis et traitements ciblés pour lutter contre cette maladie souvent silencieuse. Pour explorer ce domaine fascinant, nous avons eu le privilège d’interviewer la Prof. Valentina Garibotto, MD, Cheffe de service de Médecine Nucléaire et Imagerie Moléculaire aux HUG, ainsi que le Dr. Nicola Bianchetto Wolf, Chef de clinique du même service.

Loading

Lire la suite »

Briser le silence sur le cancer de la prostate

En ce mois de novembre, dédié à la sensibilisation aux cancers masculins sous le nom de Movember, il est crucial de mettre en lumière le cancer de la prostate, qui reste le plus fréquent chez les hommes en Suisse avec plus de 6’000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année¹. Cette maladie, souvent asymptomatique à ses débuts, peut être détectée précocement grâce au dépistage, améliorant ainsi les chances de guérison. Pour mieux comprendre les enjeux et les soutiens disponibles, nous avons interviewé Yves Menoud, président de l’Association Prosca. Âgé de 59 ans, Yves a été diagnostiqué à 46 ans et est aujourd’hui sous surveillance active. À travers son expérience personnelle et son engagement associatif, il nous éclaire sur la mission de Prosca et l’importance de briser les tabous entourant cette pathologie.

Loading

Lire la suite »

Quand le rythme ne convient plus

Julie Cartwright, 43 ans, a toujours été une personne pleine d’énergie. Pendant dix ans, elle a pratiqué les
arts martiaux, avant de se spécialiser dans l’acrobatie aérienne. En parallèle, elle a terminé un master, travaillé comme assistante de recherche et fondé, avec une amie, son propre studio d’acrobatie aérienne. Tout était en mouvement, elle fonctionnait à plein régime – physiquement, professionnellement et mentalement.

Loading

Lire la suite »

L’évolution des idéaux féminins… au fil du temps

L’idéal féminin n’a cessé de changer au gré des tendances, des contextes culturels, et des icônes de chaque époque. Ces standards ont eu un impact significatif sur la manière dont les femmes perçoivent leur corps. Voici un voyage dans le temps à travers les figures emblématiques qui ont marqué ces évolutions.

Loading

Lire la suite »

Cheveux clairsemés ? Et si c’était génétique ?

Qui n’a jamais ressenti un pincement au cœur en remarquant une touffe de cheveux restée sur la brosse ? Si perdre des cheveux peut sembler banal, il est important de comprendre que toutes les chutes capillaires ne sont pas identiques. Alors que la chute de cheveux saisonnière, très courante, est généralement temporaire et modérée, l’alopécie androgénétique, elle, peut s’installer durablement et mérite une attention particulière.

Loading

Lire la suite »