Toxoplasmose, la prévention avant tout

La toxoplasmose est une infection courante qui survient chez la plupart des animaux, y compris les humains. Ne provoquant généralement pas de symptômes, cette infection peut être un risque pour la femme enceinte. Entretien auprès de la Dr. Elena Rota, Cheffe de clinique du service de gynécologie à l’hôpital du Valais.

Par Adeline Beijns

Qu’est-ce que la toxoplasmose ?

Il s’agit d’une zoonose causée par le parasite Toxoplasma gondii. Son hôte définitif est le chat mais elle peut infecter d’autres mammifères ainsi que l’homme. Il s’agit d’une infection causée par le parasite Toxoplasma gondii qui peut infecter la plupart des animaux et l’homme compris. Ce parasite se reproduit dans l’intestin du chat et les oocytes sont excrétés dans ses excréments. La toxoplasmose se contracte après avoir été en contact avec des excréments de chat contaminé ou en mangeant des aliments contaminés (des légumes qui n’auraient pas été suffisamment lavés ou de la viande crue ou insuffisamment cuite). L’infection donne une immunisation à vie, on parle alors de séroprévalence qui est actuellement descendue en Suisse de 50% à 20-30% au cours des 20 dernières années.

Quels en sont les risques ?

La majorité des gens ne présente pas de symptôme lorsqu’ils sont infectés. C’est surtout pour les femmes enceintes et pour les personnes dont le système immunitaire est affaibli que la maladie présente un risque. Toutefois, la toxoplasmose ne présente un risque qu’au tout début de la grossesse. C’est surtout lorsque le système nerveux du fœtus n’est pas encore totalement développé que les risques pour sa santé sont les plus importants.

Le risque de trasmission de l’infection au fœtus dépend de l’âge gestationnel: moins de 10% au premier trimestre, 30% au second trimestre et jusqu’à 60% au troisième trimestre. En revanche, la gravité des lésions descend avec l’âge gestationnel. Même lorsque la maman transmet la maladie à son bébé, il est important de rappeler que la plupart des enfants infectés ne présentent pas de symptômes à la naissance. Tout dépend de l’âge gestationnel au moment de l’infection. Ce n’est que dans de rares cas que des nouveau-nés infectés présentent de graves lésions oculaires ou cérébrales à la naissance. On estime qu’1 bébé sur 14 000 sera atteint de toxoplasmose congénitale ce qui reste relativement rare.

Existe-t-il un traitement en cas d’infection ?

Oui lorsque la toxoplasmose se déclare et qu’il convient de traiter la maladie alors il existe un traitement. Mais l’efficacité du traitement n’est pas encore bien établie et l’approche thérapeutique est différente en fonction des pays. Bien que les médicaments puissent réduire le risque de contamination fœtale, la meilleure approche reste la prévention en évitant toute exposition.

Comment vivre avec son chat lors d’une grossesse, quels sont les risques et à quoi doit-on faire attention ?

Les chats jouent un rôle important dans la propagation de la maladie car ils s’infectent généralement en mangeant des rongeurs, des oiseaux ou d’autres petits animaux déjà infectés. C’est dans ses excréments que le parasite se retrouve et la future maman peut alors être infectée lors du nettoyage du bac à litière. Donc, si une femme enceinte n’est pas encore immunisée, il est déconseillé qu’elle nettoie la litière de son chat mais elle peut bien évidemment continuer à le câliner.

Quelle est la situation actuelle concernant son diagnostic pour une femme enceinte ?

Depuis 2008, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) recommande de renoncer aux examens préventifs systématiques et de renforcer la prévention. Selon l’OFSP, l’analyse coûts-bénéfices des tests de dépistage parle clairement en faveur de l’abandon du dépistage.

Est-il judicieux de faire le dépistage avant la grossesse pour sensibiliser les personnes séronégatives ?

En ce qui me concerne, je propose le test de dépistage que au tout début de la grossesse (en tout cas avant 6-7 semaines d’aménorrhée) ou, encore mieux, quelques mois avant la conception car 70%-80% des femmes ne sont pas immunisées contre le parasite. La séronégativité est l’occasion de renforcer la prévention primaire avec des conseils alimentaires et comportementaux. Au contraire, l’immunisation est un point de départ rassurant pour la maman. Ce test reste optionnel et n’est pas pris en charge par la caisse maladie.

Les tests de laboratoire sont-ils performants ? Quelle est leur sensibilité et leur spécificité ?

Oui ils sont performants mais il n’est pas toujours facile de déterminer à quand remonte la primo infection et si elle présente donc un certain risque pour le bébé. Il est aussi important de rappeler que les tests ne font du sens que lorsque la maladie présente un risque à savoir, au cours du premier voire du deuxième trimestre. En cas de séro-conversion durant la grossesse, les tests sur le fœtus (amniocentèse) sont très invasifs et peuvent engendrer des fausses couches, il faut donc avoir une forte suspicion clinique avec des lésions avérées à l’échographie pour justifier le geste. 

Cet article a été réalisé avec l’aimable soutien du Laboratoire d’analyse médicale Kessler SA
L’indépendance de l’opinion du médecin a été entièrement respectée

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