A 65 ans, elle rencontre l’amour via une application mobile

C’est l’histoire d’un amour de nos jours. Quand le moderne se marie avec l’ancien, quand l’improbable devient réalité. Pourquoi ne pas tout raconter et montrer que la vie est faite d’imprévus et de jamais vu à un âge où l’on pense tout avoir vécu. C’est l’histoire de Marianne, 67 ans qui a retrouvé l’amour via une application mobile. Rencontre. 

Par Ana Popov

Cela faisait huit ans que je vivais seule, divorcée ; j’ai mis un certain temps à accepter cette séparation. Je l’ai mal vécu, je ne me sentais pas bien, mal dans ma peau et j’avais honte. Et puis, petit à petit, j’ai décidé de sortir un peu de ma coquille ; j’avais le besoin de passer à autre chose. Je me suis inscrite aux cours de danse, puis à l’italien. J’ai découvert ma passion pour le golf. J’ai rencontré de très belles personnes qui aujourd’hui sont devenues mes amies. Je me suis consacrée à moi-même; j’étais à l’écoute de mon corps, de mes envies, de mes désirs. J’ai appris à dire « non », je me suis affirmée. Je n’étais plus l’épouse soumise, mais j’étais enfin moi. Et là j’étais vraiment bien, j’ai compris qu’il fallait prendre la vie du bon côté et profiter de chaque jour. C’est ce que j’ai fait. Mais il me manquait quelque chose, le partage. Je l’avais avec mes amies, mais je souhaitais un partage à chaque instant, le matin au lever du soleil, à midi autour d’une belle table et la nuit en regardant les étoiles. Je ne suis pas faite pour vivre seule, j’ai besoin de présence, de tendresse, de mots et d’échanges. J’étais prête à trouver le grand amour. Mais comment faire? Où aller ? J’ai vraiment patienté en attendant que le hasard fasse les choses. Partout où je me déplaçais, je pensais tomber sur la bonne personne. J’ai fait des connaissances, quelques rencontres, mais le résultat était décevant au point où j’ai décidé de continuer mon chemin sans plus chercher un compagnon de vie.

Qu’est-ce qui vous a poussé à utiliser une application mobile ?

Lors d’un voyage avec mon amie Denise, j’ai installé une application de rencontre connue sans trop y croire et plutôt poussé par elle afin de nous amuser et rigoler un petit moment pendant le trajet. J’ai tout de suite eu pas mal de succès qui m’ont amené beaucoup de personnes, mais aussi la peur d’une rencontre de cette manière. Pour moi, il était inconcevable de trouver le grand amour par le biais d’une application trop rapide à mon goût, pas sécurisée et de juger et choisir ces personnes à leur physique et quelques mots de présentation. Mais c’est absurde. Je n’adhérais pas du tout. A notre retour, j’ai laissé l’application aux oubliettes. Fini pour moi !

« Ecouter Strauss dans la Salle dorée de Vienne pour le Nouvel An était un rêve de jeune fille, exaucé par mon Robert. »

Mais alors comment avez-vous rencontré Robert si vous n’aimiez pas les applications mobiles de rencontre ?

Encore une fois, mon amie Denise y est pour quelque chose. Ensemble, par curiosité, nous avons ouvert à nouveau l’application et j’y ai pris goût. Voir défiler tous ces personnages, petits et gros, grands et pas beaux, vaniteux et prétentieux, gracieux et précieux, éloquents et choquants, tout cela commençait à m’amuser au point où j’ai trouvé chaussure à mon pied : mon petit Robert. Mais avant j’ai tout de même eu deux ou trois expériences qui m’ont apporté une certaine compétence et une autre façon de raisonner. Ma première rencontre était un homme très distingué, courtois mais pas intéressant. Nous avons passé la soirée ou plutôt j’ai passé la soirée dans un monologue interminable venant de sa part, en écoutant les méandres de ce monsieur sans me poser de questions concernant ma vie ou ma personnalité. Ce n’était guère mieux avec le deuxième monsieur au premier rendez-vous. J’ai eu droit à tout son passé médical et en revue sa vie avec ses ex-femmes, bref je m’ennuyais et me disais que j’aurais mieux fait de regarder un bon film. Très déçue, j’ai décidé de ne plus prendre contact et quitter une fois de plus cette application. Un dernier coup d’œil avant la fermeture définitive de l’application et là j’ai vu Robert. Ce n’est pas son physique qui m’a attiré ni ses mots posés le décrivant, mais son regard timide et ouvert à la fois. Une accroche, une approche…

Comment s’est passé votre premier rendez-vous avec Robert ?

J’étais agréablement surprise. C’était le premier homme qui s’intéressait à moi, à ma vie sans trop dévoiler la sienne. Il était tendre tout en dégageant une force intérieure que je ressentais bien. Nous avons passé vraiment un agréable moment sans rien se promettre, sans rien demander. Quelques jours plus tard, il m’a rappelé ; nous avons longuement discuté de tout et de rien. Cela m’a fait du bien. Et nos discussions ont continué. C’est devenu un moment de plaisir dans la journée de se parler, puis nous nous sommes vus et revus; l’un pour l’autre nous n’étions plus des inconnus. Le jour est venu où il m’a invité dans sa demeure et à partir de ce moment nous ne nous sommes plus quittés. Nous passons des moments incroyables ensemble même si au début de notre vie commune ce n’était pas si simple. J’ai toujours eu le rôle de la femme au foyer dans mon vécu. La plupart des tâches, je les accomplissais seule. A ma grande surprise, Robert voulait participer à tout, ce qui était très amusant. Le conflit s’imposait de temps à autre dans certaines matières dont la cuisine. De nature, je suis gourmande et j’aime cuisiner des petits plats, poser une belle table, recevoir des amis, de la famille. Mais Robert est aussi épicurien. Il aime cuisiner, préparer et chauffer ses casseroles. Dans ce domaine, Robert aime faire seul, libérer sa créativité et son inspiration sans l’aide de personne. Ma place était sur le canapé avec un bon livre à la main ou le contempler paisiblement. Cet écart ne me plaisait pas trop au début ; j’étais contrariée mais par la suite j’ai vu le bon côté de la chose et je me suis vite habituée à ma nouvelle situation en découvrant que finalement, ce n’était pas si mal d’être spectatrice et admiratrice de ses œuvres mijotées. Là où nous nous sommes vraiment trouvés en osmose et dans le partage, ce sont nos voyages. Robert m’a fait découvrir les villes, les pays, le monde entier. Nous avons commencé par les routes du vin et des châteaux de France. Nous avons apprécié et partagé les restaurants les plus réputés, puis nous sommes partis en Afrique du Sud, en Asie. Nous sommes restés quelque temps au Japon pour découvrir une autre culture. Ecouter Strauss dans la Salle dorée de Vienne pour le Nouvel An était un rêve de jeune fille, exaucé par mon Robert. Prague, Varsovie, les bains chauds de Budapest en passant par Amsterdam et ses tulipes, Rotterdam et ses maisons cubiques, La Haye et bien d’autres villes défilaient leur patrimoine devant nous sans citer les magnifiques musées. C’est à travers ces voyages que j’ai découvert mon homme et par-dessus toute cette ouverture au monde, la plus belle était la découverte du monde intérieur de mon Robert, d’une belle personne.

Et maintenant ?

Aujourd’hui, je suis heureuse et épanouie car je partage ma vie avec l’homme que j’aime pour tout ce qu’il m’apporte dans la vie de tous les jours. J’ai souvent douté en pensant que la jeunesse était loin de moi et qu’à mon âge ce n’était plus possible. On l’entend souvent mais c’est vrai, il faut toujours aller au bout de ses rêves. Nous nous sommes bien trouvés, nous sommes prêts à partir ensemble au bout du monde ou à rester chez soi sous la couette avec un bon verre de vin, à rire et pleurer de rire de bon cœur. Quand nous sommes ensemble, tout est bonheur : les yeux posés sur un coucher ou un lever de soleil, écouter et admirer la nature. Nous nous regardons tendrement, main dans la main, nous laissant nous envelopper par la chaleur de notre bonheur. Il n’est pas trop tard pour aimer et être aimé quand on est à l’automne de sa vie !

Cet article vous a plu ?
Abonnez-vous à la version papier Salle d’attente pour avoir accès à toutes les informations sur le sujet: témoignages, tests, adresses utiles, infographies et autres.
Alors n’attendez-plus !
CHF39.00

Loading

Partagez sur

Facebook

Plus d’articles :

Réadaptation en ambulatoire : la Clinique du Grand-Salève ouvre une nouvelle ère

Depuis son ouverture en 2018, la Clinique du Grand-Salève s’est imposée comme un pilier dans le domaine de la santé mentale et de la réadaptation. Située dans un cadre serein et propice à la guérison, elle propose une approche holistique pour aider les patients à retrouver leur équilibre. Mais depuis mai 2025, une nouveauté marque un tournant : le lancement du centre ambulatoire de réadaptation. Contrairement à la santé mentale, gérée en hospitalisation complète pour un suivi intensif, la réadaptation se fait désormais en mode ambulatoire, permettant aux patients de rentrer chez eux après chaque séance.

Loading

Lire la suite »

Santé mentale : l’importance de la mixité et d’une approche multidisciplinaire

Dans un monde où le stress quotidien, les pressions professionnelles et les défis personnels peuvent ébranler notre équilibre intérieur, la santé mentale est devenue un enjeu majeur de société. La prise en charge psychiatrique, psychologique et psychothérapeutique joue un rôle essentiel pour accompagner les individus vers un mieux-être durable. Elle ne se limite pas à un traitement médical isolé, mais intègre une vision globale de la personne, en tenant compte de ses émotions, de son environnement et de ses relations. Pour explorer ces aspects, nous avons interviewé le Dr. Nicolas Schneider, psychiatre et psychothérapeute à la Clinique La Lignière. Située dans un cadre magnifique au bord du lac Léman, avec un domaine agrémenté d’une forêt, cette clinique offre un havre de paix propice au ressourcement. Spécialiste en addictologie, troubles du comportement alimentaire et victimologie, le Dr. Schneider partage son expertise sur les troubles mentaux et leurs approches thérapeutiques.

Loading

Lire la suite »

Mal de dos : briser les mythes pour soulager la douleur

Le mal de dos, ou lombalgie, touche près de 80% des adultes au cours de leur vie, faisant de lui l’un des maux les plus répandus de notre époque. Pourtant, derrière cette affliction commune se cachent de nombreuses croyances erronées, ancrées dans l’imaginaire collectif, qui non seulement perpétuent la souffrance, mais peuvent aussi transformer une douleur aiguë en un problème chronique. Ces idées fausses, partagées tant par les patients que par certains professionnels de santé, ont un impact délétère : elles instillent la peur, favorisent l’inaction et entravent une guérison optimale. Pour éclairer ce sujet crucial, nous avons interrogé le Prof. Stéphane Genevay, médecin adjoint agrégé au Service de rhumatologie des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), responsable du programme ProMIDos dédié à la prise en charge multidisciplinaire des douleurs dorsales.

Loading

Lire la suite »

Et si on changeait les règles du jeu ?

Et si la clé du plaisir se cachait dans la curiosité ou l’envie de se redécouvrir ? Trois couples racontent
comment une idée un peu folle a transformé leur intimité. Entre maladresses, rires et vraies émotions,
ces expériences insolites leur ont surtout appris à se reconnecter à eux-mêmes… et à l’autre.

Loading

Lire la suite »

Parler sans honte : la santé intime face au cancer

Quand on pense au cancer, on imagine souvent des traitements lourds et des combats médicaux. Mais qu’en est-il de la vie intime des patients ? Douleurs, baisse de l’estime de soi, changements corporels ou troubles proctologiques peuvent bouleverser la sexualité et le bien-être. À Genève, le 6ème Symposium Oncologie, Sexologie, Proctologie des HUG a réuni en juin des experts pour aborder ces sujets trop souvent tus. Rencontre avec la Docteure Marie-Laure Amram, oncologue, et le Professeur Frédéric Ris, colo-proctologue, qui nous expliquent pourquoi la santé sexuelle est au cœur de la qualité de vie et comment oser en parler peut tout changer.

Loading

Lire la suite »

Vasectomie : pour une planification consciente

De plus en plus d’hommes assument activement leur rôle dans la planification familiale et choisissent de subir une vasectomie. C’est aussi le cas de Boris Kasper (41 ans), qui a pris cette décision en toute conscience. Dans ce témoignage, il raconte pourquoi il a opté pour cette intervention, comment il a vécu l’opération et ce qui a changé depuis. Son histoire montre qu’une vasectomie doit être mûrement réfléchie, mais qu’elle n’a rien d’effrayant ni de tabou.

Loading

Lire la suite »