Comprendre la sialorrhée: entretien croisé avec une neurologue et un ORL

Comprendre la sialorrhée

La sialorrhée, communément appelée salivation excessive, est une affection caractérisée par une surproduction de salive, une diminution de la capacité à retenir la salive dans la bouche ou des difficultés à avaler. Dans cet article, nous vous présentons un entretien avec deux experts de premier plan afin d’explorer les nombreuses caractéristiques de la maladie, en examinant ses causes, son impact sur la santé et la qualité de vie, ainsi que les différentes options thérapeutiques disponibles. Entretien réalisé auprès de la Dre Sarah Berrut, Spécialiste FMH en neurologie et du Dr méd. Yann Litzistorf, Spécialiste FMH en Oto-Rhino-Laryngologie et chirurgie cervico-faciale, Clinique de Montchoisi et Clinique Valmont. 

Par Adeline Beijns

Quelle maladie se cache derrière la sialorrhée ?

Dre Berrut : La sialorrhée peut être un symptôme de plusieurs maladies neurologiques. L’une des affections les plus fréquemment associées à la sialorrhée est la maladie de Parkinson, qui peut entraîner, entre autres, des difficultés à avaler. Une autre affection qui peut conduire à la sialorrhée est la paralysie faciale périphérique qui entraîne une faiblesse des muscles du visage pouvant induire un écoulement de salive. De même, les patients ayant subi un accident vasculaire cérébral peuvent souffrir de sialorrhée si l’accident a endommagé la partie du cerveau qui contrôle les muscles de la bouche et de la déglutition. La sclérose latérale amyotrophique (SLA) peut provoquer une sialorrhée à mesure qu’elle progresse et affaiblit les muscles impliqués dans la déglutition.

Dr Litzistorf : Les maladies neurologiques évoquées par ma collègue sont prises en charge de manière multidisciplinaire, avec le neurologue, un ORL phoniatre (spécialiste de la déglutition) et un suivi logopédique. La sialorrhée peut apparaitre également à la suite d’un traitement d’un cancer de la sphère ORL. En effet, lorsque l’anatomie et/ou la sensibilité des lèvres, des joues, de la bouche ou de la gorge sont modifiées, il devient parfois difficile à gérer sa propre salive.

Rencontrez-vous beaucoup de patients qui en souffrent ?

Dre Berrut : Pas beaucoup. La plupart des patients que je vois avec ce symptôme souffrent de la maladie de Parkinson. Et bien que toutes les personnes atteintes de la maladie de Parkinson ne souffrent pas de sialorrhée, il s’agit d’un problème bien connu qui peut survenir à n’importe quel stade de la maladie. Il convient de noter que l’importance de la sialorrhée n’est pas nécessairement en corrélation avec la gravité des autres symptômes moteurs de la maladie de Parkinson.

Dr Litzistorf : C’est effectivement une source de souffrance quotidienne importante, mais heureusement les cas sont peu fréquents à ma consultation.

Quel est son impact sur leur quotidien ?

Dre Berrut : La sialorrhée peut avoir des répercussions importantes sur la viecquotidienne des patients, et ce de différentes manières. Sur le plan physique, le fait de saliver excessivement et en permanence peut entraîner une irritation de la peau autour de la bouche, avec parfois des lésions cutanées. De plus, l’excès de salive peut rendre l’élocution plus difficile et affecter l’articulation, ce qui peut entraîner des problèmes de communication. Il y aussi des effets d’un point de vue psycho-social. Les patients éprouvent souvent de la gêne et de l’embarras à cause de leur salive, ce qui peut conduire à un isolement social et à un sentiment de solitude.

Dr Litzistorf : La sialorrhée, écoulement de salive par la bouche, est le signe visible d’une mauvaise gestion de la salive. Elle est fréquemment associée à des troubles de la déglutition, autrement dit une mauvaise gestion de l’écoulement de salive vers l’arrière. Ainsi, le quotidien est marqué par des « fausses routes » qui nécessitent une adaptation des textures de la nourriture, un allongement de la durée des repas et parfois une alimentation par une sonde.

Pourquoi ce sujet est-il encore tabou ?

Dre Berrut : Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un sujet sensible car mes patients en parlent volontiers pour trouver une solution.

Auprès de qui les personnes atteintes de la maladie doivent-elles s’adresser pour avoir de l’aide ?

Dr Litzistorf : La prise en charge est souvent multidisciplinaire. Le premier contact dépend de la pathologie sous- jacente, il peut s’agir d’un neurologue ou d’un ORL phoniatre.

Comment le diagnostic est-il posé ?

Dre Berrut : Le diagnostic de la sialorrhée est clinique, c’est-à-dire qu’il repose principalement sur les symptômes du patient et les résultats de l’examen physique fait par le médecin.

Est-ce une maladie à risques si elle n’est pas traitée ?

Dre Berrut : Bien que la sialorrhée ne mette pas directement la vie en danger, il s’agit d’une affection qui doit être prise en charge en raison de ses complications potentielles, de son impact sur la qualité de vie des patients et des troubles sous-jacents qui y sont associés. De plus, l’impact psychosocial ne doit pas être sous-estimé. La gêne et le retrait social qui peuvent résulter d’une sialorrhée non traitée peuvent conduire à l’isolement, à la dépression et à une réduction significative de la qualité de vie.

Dr Litzistorf : Lorsqu’elle est associée à des troubles de la déglutition, le patient s’expose à des pneumonies récidivantes et une perte de poids.

Quelles sont les solutions médicales qui s’offrent aux patients ?

Dre Berrut : La prise en charge des patients souffrant de sialorrhée implique une approche multidisciplinaire. Sur le plan médical, nous pouvons prescrire des médicaments anticholinergiques qui réduisent la production de salive. Des traitements injectés dans la glande salivaire sont une autre option pour certains patients car ils inhibent le flux salivaire.

Outre ces traitements médicamenteux, les patients peuvent bénéficier d’autres soutiens. Les logopédistes peuvent proposer des exercices et des stratégies pour améliorer le contrôle musculaire et les techniques de déglutition, ce qui peut aider à gérer la salivation. En outre, un soutien psychologique peut s’avérer utile pour faire face aux aspects sociaux et émotionnels de la sialorrhée.

Est-elle guérissable ?

Dr Litzistorf : Rarement, mais il est possible d’améliorer de manière significative la qualité de vie du patient grâce à une évaluation multidisciplinaire et aux traitements précités.

Comment assurer une bonne prise en charge du patient et améliorer son état général malgré la maladie ?

Dre Berrut : Un suivi régulier auprès des prestataires de santé est important pour évaluer l’efficacité des traitements et procéder aux ajustements nécessaires. En fin de compte, l’objectif est de réduire l’impact de la sialorrhée sur la vie du patient, en améliorant son confort, ses interactions sociales et son bien-être général.

Dr Litzistorf : Avant tout grâce à une bonne communication avec le patient et les différents spécialistes, afin d’évaluer chaque patient dans sa globalité, anticiper l’évolution de sa maladie et les risques spécifiques qui y sont associés.

Cet article a été réalisé avec l’aimable soutien de Merz Pharma Schweiz
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