Sexe et séniors… une date de péremption ?

Sexe séniors

En matière de sexualité, une chose est certaine, l’âge d’or brille de mille feux. Si vous pensiez que passés un certain âge, la seule préoccupation de vos concitoyens était de faire du crochet et lire le journal, vous avez tout faux. Les séniors sont bien plus actifs et coquins qu’on le croit et leur vie sexuelle reste au centre de leurs préoccupations. Décryptage. Entretien réalisé auprès du Professeur Woet Gianotten, médecin-psychothérapeute et maître de conférences émérite en sexologie médicale aux centres médicaux universitaires d’Utrecht et de Rotterdam.

Par Adeline Beijns

Professeur Woet Gianotten, à partir de quel âge dit-on qu’on est sénior ?

Il n’y a pas de définition unique. L’âge auquel une personne est considérée comme sénior peut varier en fonction du contexte, du pays et de la culture. En général, le terme « sénior » est utilisé pour décrire les adultes plus âgés, typiquement ceux qui ont pris leur retraite ou qui approchent de l’âge de la retraite. Dans de nombreux pays, l’âge de 65 ans est donc souvent considéré comme le point de départ de ce « statut » de personne âgée. Mais cela peut aussi être dans la tête, on peut être sénior quand on se sent vieux.

Les séniors, ont-ils encore une sexualité ? Existe-t-il des statistiques au niveau de la fréquence de leurs rapports et de leur satisfaction ?

Oh oui et bien plus que vous ne le croyez. La sexualité des séniors est un aspect important de la vie de nombreuses personnes. Avec l’âge, les désirs et les besoins sexuels peuvent évoluer, mais la sexualité reste un aspect important de la santé et du bien-être en général. Nous avons des statistiques très intéressantes et très détaillées venant d’une étude suédoise. En 1970, les chercheurs ont demandé à des hommes et des femmes de 70 ans si la sexualité était un facteur important dans leur vie. A l’époque, 26% des hommes et 5% des femmes ont répondu par l’affirmative. En 2000, ils ont reposé la même question à des personnes ayant le même âge et là, probablement suite à la libéralisation des mœurs, ces chiffres étaient de 95% chez les hommes et de 78% chez les femmes. Cela prouve que c’est une question qui les intéresse beaucoup.

Une autre étude britannique datant de 2014 a notamment montré que 6% des hommes et 4.5% des femmes de plus de 80 ans, avaient eu au moins deux rapports sexuels au cours du mois précédent. Ces mêmes statistiques montent respectivement à 37% et 27% pour la tranche d’âge 60-69 ans. 

Est-ce qu’avoir une sexualité épanouie lorsqu’on est sénior participe autant à la qualité de vie que lorsqu’on est plus jeune ?

Bien sûr. Le vieillissement ne signifie pas la fin du désir sexuel: s’il est vrai que les désirs sexuels peuvent changer ou diminuer avec l’âge, de nombreuses personnes âgées continuent à jouir d’une vie sexuelle active. L’intimité émotionnelle, la compagnie et l’affection deviennent souvent plus importantes, mais l’intimité physique peut toujours être un élément vital d’une relation épanouie.

Cependant, avec le temps, il peut y avoir un changement de ce qu’on juge important et satisfaisant. Lorsqu’on est jeune, l’accent est mis sur la performance et l’intensité. La sexualité est « olympique » à ce moment-là. Au fil des années, lorsqu’on connaît son partenaire depuis de nombreuses années, on peut apprécier l’intimité que l’on a développée avec sa femme ou son mari et mettre l’accent sur le plaisir plutôt que sur l’excitation que l’on pourrait ressentir avec un nouveau partenaire.

Quels changements y a-t-il dans leur sexualité au point de vue physique et émotionnel ?

Qu’il s’agisse des hommes ou des femmes, il y a bien sûr un changement hormonal. Pour avoir du désir sexuel, il faut nécessairement de la testostérone, même chez les femmes. Avec l’âge, le corps subit divers changements qui peuvent avoir un impact sur la fonction sexuelle. Chez les hommes, il peut s’agir de troubles de l’érection ou d’une baisse de la libido, tandis que les femmes peuvent souffrir de sécheresse vaginale ou de douleurs pendant les rapports sexuels. Il est essentiel d’explorer de nouvelles façons de s’engager dans l’intimité, comme l’utilisation de lubrifiants, l’expérimentation de différentes positions ou l’essai de pratiques non pénétratives comme la fellation ou le cunnilingus.

Les orgasmes sont-ils encore au rendez-vous ?

Oui, tant pour les hommes que pour les femmes. Pour celles-ci, il faut cependant que leur taux de testostérone soit suffisamment élevé. Elles peuvent même connaître de meilleurs orgasmes car elles ont appris à se sentir mieux dans leur corps et à s’accepter physiquement.

Lorsqu’on devient sénior, on a en principe plus de temps pour son couple et on est en principe moins stressé. Ce nouveau rythme devrait être un plus pour une sexualité épanouie, est-ce que c’est le cas en pratique ? 

C’est en effet ce qu’on observe en pratique lorsque le couple est capable de surmonter le bouleversement que représente le départ des enfants de la maison. Certains couples n’y résistent pas. D’autres au contraire, se consacrent d’avantage à leur relation et explorent la liberté dont ils jouissent après avoir passé des années à élever leurs enfants tout en travaillant.

Ils arrivent que certains se retrouvent en établissements médicalement assistés. La sexualité peut-elle être alors encore envisagée ?  

Nous disposons peu d’informations à ce sujet mais une chose est certaine : le fait que ces établissements aient souvent été liés à des communautés religieuses n’a pas aidé les pensionnaires à avoir une sexualité. On constate cependant que les hommes y ont généralement plus de rapports que les femmes qui, très souvent s’engagent dans des rivalités amoureuses plutôt que de passer à l’action.

Qu’aimeriez-vous encore partager avec nos lecteurs ?

La pratique d’une activité sexuelle peut avoir de nombreux effets bénéfiques sur la santé des personnes âgées, comme la réduction du stress et de la douleur, l’amélioration de la santé cardiovasculaire et le renforcement du système immunitaire. Certaines études ont même prouver que les taux de cholestérol des personnes sexuellement actives étaient plus bas et que l’apparition de la maladie d’Alzheimer se faisait beaucoup plus tard. Elle peut également contribuer à maintenir le bien-être émotionnel et à renforcer les liens entre les partenaires par la production d’ocytocine (qu’on appelle l’hormone de l’amour, de la confiance et de l’attachement) et d’endorphines qui ont une action anxiolytique, antalgique et relaxante. Vous voyez, il n’y a que des avantages à être heureux sexuellement.

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