Les « alternatives » au tabac

Le marché des produits nicotinés est en constante évolution. Depuis quelques années, nous observons en effet de nouvelles formes de consommation censées réduire les risques liés au tabagisme. Eclairage avec M. Markus Meury, responsable Communication et Médias de l’association Addiction Suisse.

Par Emmanuel Viaccoz

Ces produits alternatifs présentent-ils moins de risques pour la santé ?

En comparaison avec les substances toxiques issues de la cigarette classique, le degré de dangerosité est moindre. Cependant, la nicotine pourrait aussi jouer un rôle dans le développement de certains cancers et s’avère dangereuse pendant une grossesse. Les résultats de différentes études laissent supposer qu’elle est susceptible d’entraver le développement cérébral du foetus, d’augmenter les risques d’accouchement prématuré, d’enfant mort-né et de mort subite du nourrisson.

Toujours selon ces mêmes études, de solides éléments suggèrent que la nicotine impacte négativement le système immunitaire et, de ce fait, est à l’origine de la vulnérabilité accrue des fumeurs et fumeuses pour tout type d’infection.

Enfin, la nicotine pourrait être aussi à l’origine de certaines maladies cardiovasculaires et d’artériosclérose. À forte dose, elle peut provoquer une intoxication létale.

Les cigarettiers vantent le « tabac à chauffer » avec, selon eux, 95% de produits toxiques en moins…

Ces dernières années, les cigarettiers ont mis sur le marché plusieurs produits censés chauffer le tabac sans le brûler et par conséquent, libérer beaucoup moins de substances toxiques. Selon les fabricants, ces produits contiendraient 90 à 95% de substances nocives en moins.

Etant donné qu’ils n’ont fait leur apparition que récemment, très peu d’études indépendantes ont été réalisées. Celles-ci arrivent à des conclusions divergentes : alors que certaines vont dans le même sens que celles de l’industrie du tabac, d’autres font état d’une émission de substances toxiques légèrement plus élevée ; et pour certaines, ces émissions atteindraient pratiquement le même niveau que pour la cigarette.

Les risques réels pour la santé n’apparaîtront qu’à long terme. Il est important de souligner cependant que 95% de substances nocives en moins ne signifie pas 95% de risques en moins. En effet, des études sur des cellules in vitro ont démontré des dommages similaires à la cigarette.

L’e-cigarette semble avoir le vent en poupe. Remplacera-t-elle à terme la cigarette classique ?

Un groupe d’experts a estimé que la cigarette électronique était 95% moins toxique que la cigarette classique, car on ne trouve qu’une petite partie des composants responsables des cancers et des maladies cardiovasculaires dans son aérosol. Ces produits contiennent néanmoins des substances telles que le formaldéhyde, l’alcool benzylique et les nitrosamines.

Comme pour toutes les substances toxiques, on ne sait pas si les effets nocifs augmentent de façon linéaire avec la quantité consommée. Seules des observations sur la durée permettront de déterminer les risques réels pour la santé. A ce jour, les données ne sont pas claires quant à savoir si la cigarette électronique peut favoriser des inflammations des voies respiratoires telles que bronchite ou asthme.

Pour ce qui concerne la nicotine, des études ont établi qu’avec l’e-cigarette, le taux de concentration de nicotine dans le sang peut être identique à celui d’une cigarette classique. Pour l’heure, il est encore prématuré de spéculer sur l’avenir de la cigarette électronique à long terme.

En matière de consommation de tabac, quel bilan pouvons-nous tirer à ce jour ?

Selon une statistique 2017 du Monitorage suisse des addictions, un peu plus de 25% de la population de 15 ans et plus fume des produits du tabac. Deux millions de personnes environ consomment donc des produits qui contiennent de la nicotine avec tous les risques que cela comporte sur le plan de la santé.

Les atteintes sont dues pour l’essentiel au fait que la nicotine est délivrée par combustion du tabac, ce qui entraîne chaque année environ 9500 décès prématurés. Les principales causes de décès liées au tabagisme sont les différents cancers des voies respiratoires, les maladies cardiovasculaires et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO).

Quels sont les principaux agents responsables de ces maladies ?

La fumée d’une cigarette contient plus de 7000 composés chimiques, souvent regroupés sous le nom de « goudron ». La plupart se présentent sous forme de particules extrêmement fines qui pénètrent dans les poumons. 250 au moins sont toxiques et parmi celles-ci, au moins 70 sont cancérigènes ou potentiellement cancérigènes.

Par ailleurs, le monoxyde de carbone (CO), les gaz oxydants et les métaux lourds génèrent des maladies cardiovasculaires. On relève également la présence de différents gaz irritants qui peuvent provoquer de l’asthme, des bronchites et des BPCO.

Une conclusion ?

Pour préserver sa santé, renoncer aux produits nicotiniques est la « voie royale ». La meilleure solution est en effet de ne pas commencer à consommer.

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