Sommeil polyphasique : ou dormir autrement ?

Êtes-vous plutôt mono, bi, ou poly ?

Nous ne parlons pas ici d’orientation sexuelle, mais de votre façon de dormir. Si l’on s’appuie sur les données de la science, il est établi que l’être humain fonctionne suivant un rythme veille/sommeil dit « circadien » (de circa qui veut dire “proche”, et diem qui fait référence à une journée de 24 heures).

Une horloge interne nous indique le moment où nous devons aller au lit et celui où il est temps de se lever. La fatigue accumulée lors de nos activités est aussi un élément qui influe sur ce besoin de dormir ; ce que l’on nomme, en matière de ressenti, « le poids du sommeil ». Aussi, lorsque ces deux paramètres sont en phase, ils nous font plonger dans les bras de Morphée vers 22h et nous en libèrent vers 6h du matin. Il s’agit-là d’un sommeil « monophasique ». Or, par nécessité professionnelle ou par choix, certaines personnes ont découpé leur sommeil en deux périodes espacées de plusieurs heures (sommeil biphasique), et d’autres sont allées encore plus loin en le fractionnant en trois, quatre, cinq, voire six phases distinctes réparties sur 24h (sommeil polyphasique).

Point commun entre un navigateur et une jeune maman ?

Traverser l’océan en solitaire ou allaiter son nourrisson n’offre pas le luxe de pouvoir dormir huit heures d’affilée. Les mamans le savent bien et sont les premières à produire du sommeil polyphasique après leur accouchement. Elles doivent en effet caler leurs rythmes sur celui du nourrisson, à moins d’être équipées d’un tire-lait et d’avoir un conjoint sympa.

Cela concerne aussi, comme évoqué plus haut, certaines professions ; la marine par exemple où les alternances veille/ repos s’effectuent sous forme de quarts, par équipes en rotation. L’idée étant toutefois de conserver son quota d’heures de sommeil, quand bien même serait-il fractionné.

Jusqu’où peut-on aller ?

À l’extrême, nous trouvons les aficionados d’un modèle polyphasique visant à réduire le temps de sommeil au profit des périodes actives. Ces personnes ont en effet mis au point des méthodes qui permettraient de dormir moins, mais de manière plus efficiente.

Elles partent du principe qu’il est préférable « d’éponger » la fatigue par de multiples siestes plutôt que de laisser l’organisme aller jusqu’à l’épuisement, comme c’est le cas pour la plupart d’entre nous qui enchaînons quotidiennement 16 à 18 heures de veille. Si l’on prend par exemple le mode de sommeil polyphasique dit « Everman 3 », il s’agit de dormir 3 heures d’affilé et d’y ajouter 4 siestes de 20 minutes réparties dans le temps. Il y a aussi, entre autres, la méthode Dymaxion qui consiste à dormir 30 minutes toutes les six heures. Selon certains historiens, Napoléon Bonaparte aurait pratiqué le sommeil polyphasique lors de ses guerres impériales. Les zoologistes nous informent, par ailleurs, que le sommeil de la plupart des animaux de proie est un modèle polyphasique, pour des raisons de survie.

Quid de l’architecture du sommeil ?

Le sommeil monophasique est compo- sé de 4 à 6 cycles d’une durée de 90 minutes environ. Ils s’enchaînent tout au long de la nuit. Chaque cycle com- prend 3 stades : le sommeil lent léger, le sommeil lent profond et le sommeil paradoxal.

Selon les pratiquant-e-s du sommeil polyphasique, quand bien même leur temps de repos est-il découpé en plusieurs tranches, la part de sommeil lent profond (réparateur et récupérateur) serait conservée, voire optimisée. Le sommeil polyphasique modifierait donc l’architecture du sommeil sans pour autant altérer les moments où le cerveau se met totalement « hors-circuit », pour une récupération maximale d’énergie.

Et la vie sociale ?

La société fonctionnant majoritairement sur un mode veille/sommeil, il va de soi qu’une praticienne ou un praticien du sommeil polyphasique pourrait se retrouver en décalage par rapport aux rythmes conventionnels. S’il s’agit d’une courte période, comme le cas d’une maman allaitante, il pourrait être facile de s’en accommoder.

Mais sur long terme, à moins de vivre en ermite, certains modèles de sommeil polyphasique pourraient marginaliser celles et ceux qui le pratiquent. Aussi, avant de se lancer dans l’aventure, il est important de faire une pesée d’intérêts entre les avantages et les inconvénients, et surtout, de choisir la méthode qui offre le meilleur compromis.

Oui mais…

Il est aujourd’hui établi qu’un sommeil polyphasique « raisonnable » et encadré par des spécialistes de la santé peut s’inscrire comme une alternative ponctuelle ou durable face à la nécessité. Celles et ceux qui cherchent à optimiser leur sommeil en dormant moins, mais mieux, y trouveront certainement un bénéfice. Cependant, il est indispensable de respecter scrupuleusement le modèle établi afin de ne jamais se retrouver en dette de sommeil.

Cela nécessite, par ailleurs, une excellente hygiène de vie ; exit le stress, l’abus d’alcool, de stimulants, de graisses, de sucre, de jeux vidéo, d’écrans et autres produits ou activités qui ont la mauvaise réputation d’altérer la qualité du sommeil. En d’autres termes, dormir moins tout en restant en bonne santé implique de vivre sainement.

Prendre conseil

Si vous vous sentez concerné-e par l’envie ou le besoin de tenter « l’expérience polyphasique », prenez conseil auprès d’un-e professionnel-le de la santé, par exemple, dans un centre du sommeil. Ses conseils avisés vous permettront d’implémenter, de manière progressive et en toute sécurité, une nouvelle façon de dormir.

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