Exclusif : Enquête sur les pesticides

Les enquêtes se multiplient pour dénoncer toujours plus les contaminations par pesticides et encourager la consommation de fruits et légumes bio. Entretien auprès d’Antoinette Gilson de l’Association “Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse”.

Par Adeline Beijns

Qu’entend-on par « pesticide » ?

Les pesticides – appelés également produits phytosanitaires ou phytopharmaceutiques – sont utilisés en agriculture, dans les jardins des particuliers ou encore dans les lieux publics pour lutter contre des organismes vivants considérés comme « nuisibles ».

Dans une acceptation plus large, les biocides peuvent être aussi appelés des pesticides, mais pas pour l’utilisation sur des plantes, comme en agriculture. Ce sont des produits de nettoyage et d’hygiène pour le traitement des surfaces. C’est l’usage qui définit la différence entre produits phytosanitaires (protection ou destruction des plantes) et les biocides (produit d’hygiène et de désinfection de surfaces ou d’objets).

Sommes-nous exposés par la seule voie alimentaire ?

Hélas non, nous y sommes aussi exposés par l’eau du robinet, les boissons à base de plantes (vin, cidre…) et l’air que nous respirons.

Les résidus de pesticides présents dans l’alimentation constituent cependant la source principale de l’intoxication généralisée de la population. Diverses études ont montré que la concentration de pesticides dans les urines diminue fortement après une semaine de consommation exclusive d’aliments bio.

La pollution des eaux souterraines pose aussi un problème en Suisse comme l’illustre la présence de chlorothalonil à des concentrations au-dessus des limites fixées. Plus d’un million de Suisses seraient concernés par cette exposition à un pesticide classifié 1B, qui est la classe la plus toxique des produits considérés comme cancérigènes probables. L’Office fédéral de la sécurité alimentaire (OSAV) juge cette pollution CONSIDÉRABLE.

La pollution de l’air par les pesticides de synthèse n’est pas mesurée en Suisse, mais elle n’en est pas moins un problème pour les riverains des vignes, des exploitations d’arbres fruitiers et des cultures intensives. L’utilisation de l’hélicoptère, courante en Valais et dans le canton de Neuchâtel, facilite la propagation de perturbateurs endocriniens et de substances cancérigènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction (CMR) qui ont des effets toxiques sans seuil, c’est-à-dire même à très faibles doses. Le folpel, très largement utilisé en Suisse, est classé CMR probable par l’Organisation mondiale de la santé. Le chlorpyrifos, perturbateur endocrinien et neurotoxique particulièrement dangereux pour le développement du cerveau chez les enfants, n’a été interdit que très récemment, malgré le fait que les problèmes qu’il pose pour la santé étaient connus de longue date.

Comment peut-on se débarrasser des pellicules de pesticides sur les fruits et les légumes? Les laver suffit-il ?

Comme de nombreux pesticides se retrouvent dans l’entièreté de la plante (tige, racine, feuilles, nectar et pollen), il est illusoire de croire que le simple fait de les laver, éliminera ces substances nocives.

Les produits bio sont-ils dépourvus de produits toxiques ?

Les produits bio sont malheureusement aussi contaminés du fait de leur proximité avec les champs exploités en agriculture conventionnelle. Ils présentent toutefois, fort heureusement, des taux beaucoup plus faibles. Comme les agriculteurs bio n’utilisent pas de pesticides de synthèse, ils ne contribuent pas à la pollution des eaux et de l’air, il est donc très important de soutenir vos exploitants bio locaux.

Quels sont les fruits et légumes les plus toxiques ?

La tomate, les fraises, les poires, le raisin, les cerises, les épinards, les pommes de terre, les pêches et la pomme …

Quels risques encourt-on à ingérer quotidiennement ces produits toxiques ?

Plus de la moitié des pesticides de synthèse sont des perturbateurs endocriniens (PE) c’est-à-dire qu’ils agissent comme des mimiques d’hormones. Et de la même manière que nos hormones, ils agissent à de très faibles concentrations. Ces effets n’ont pas été testés par les agences d’homologation des pesticides au moment de leur mise sur le marché. De ce fait, les doses journalières admissibles qui ont été fixées sont bien au-dessus des concentrations auxquelles les PE agissent.

Les perturbateurs endocriniens sont impliqués dans les cancers hormonaux dépendants (cancer de la prostate, du sein et des testicules), le développement du cerveau (déficit de l’attention, avec ou sans hyperactivité, retards mentaux), ainsi que le dérèglement du développement des organes sexuels chez le fœtus (puberté précoce, hypospadia, micro-pénis).

D’autres pesticides de synthèse, dont le Chlorothalonil, sont classés «cancérigène, mutagène et reprotoxique». Ces pesticides n’ont pas été testés sur le long terme à de très faibles concentrations alors que la population y a été exposée quotidiennement pendant des décennies. Comme le souligne la Commission européenne à propos du Chlorothalonil : « Aux concentrations auxquelles la population est exposée, les problèmes de cancer ne peuvent être exclus».

Qu’est-ce que l’«effet cocktail» de certains pesticides ?

De nombreuses études scientifiques indépendantes ont révélé que les substances chimiques toxiques telles que les pesticides, avaient plus d’effet en groupe que la somme de leurs effets individuels. 1 + 1 ne fait pas 2, mais plutôt 5 voire même 10. C’est ce qu’on appelle l’effet cocktail.

Cet effet n’a pas non plus été pris en compte au moment de l’homologation des pesticides de synthèse. Tester les interactions de ces substances par 2, par 3, par 4 etc…. ne serait pas réaliste car cela impliquerait beaucoup trop de mesures.

Comment envisagez-vous le futur ? 

Les méthodes de contrôle biologique des ravageurs, des maladies et des mauvaises herbes telles qu’elles sont utilisées en agriculture biologique, sont l’avenir de l’agriculture durable en Suisse. Les substances utilisées sont d’origine naturelle. Même dans le cas d’une fabrication en usine, elles sont identiques aux principes actifs déjà présents dans la nature. Elles n’ont donc pas d’effets secondaires pour l’être humain et l’environnement. La Suisse est pionnière dans la protection durable des plantes, ce qui représente une grande chance tant sur le plan écologique qu’économique.

Etant donné que nos méthodes d’agriculture industrielle sont devenues trop dépendantes des pesticides de synthèse chimiques, il faut absolument investir dans la formation et l’innovation pour transformer nos méthodes actuelles afin de les rendre durables.

Malheureusement, force est de constater qu’il est extrêmement difficile de se débarrasser des pesticides de synthèse car les intérêts économiques en jeu sont énormes. Les lobbys des entreprises qui fabriquent ces substances ont une influence très grande jusqu’au sommet de l’État. Grâce au système d’initiative populaire, la Suisse a l’immense privilège de pouvoir être le premier pays démocratique qui pourra voter sur cette question dans quelques mois. Il faut bien se rendre compte qu’il s’agit d’une chance unique qui ne reviendra pas. C’est non seulement important pour notre santé, pour l’environnement, mais aussi pour exercer nos droits démocratiques face aux intérêts de grosses entreprises internationales.

Plus d’infos : https://lebenstattgift.ch

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