Frères de sang

Photo by Kylo on Unsplash

Nemo, 60 ans

C’est l’histoire de deux frères. Le plus jeune, rêveur et casse-cou. L’aîné, sérieux et droit. C’est cet amour fraternel qui les a unis tout au long de l’enfance, de l’adolescence et jusqu’à l’âge adulte. Emporté par la maladie, c’était la fin pour l’un mais pas pour l’autre. Une rupture qui a laissé l’autre dans le vide et anéanti par la douleur de la perte de sa moitié. Voici des années plus tard le témoignage de ce frère à l’allure solide et infaillible. Rencontre. 

Par Ana Popov

Mon frère, Davor, était donneur de sang depuis l’âge de 18 ans. Il a toujours estimé que cela pouvait aider les gens dans des situations difficiles. Son mode de vie était exemplaire: Il me fumait pas, ne buvait pas, il mangeait sainement et se couchait tôt. Il ne faisait jamais d’excès. Pour moi, vivre, c’était tout essayer. Boire, fumer, faire la fête. Notre point commun était le sport. Nous étions en compétition permanente. Même si j’avais plus de talent dans certaines disciplines, il était plus entraîné et plus coriace que moi, avec mes entraînements périodiques, donc meilleur. Il faisait des études de droit, moi des études pour partir naviguer en haute mer. Autour de ses 25 ans, lors d’un don du sang, les analyses n’étaient pas bonnes. Chute des plaquettes et globules blancs en hausse. Le diagnostic est simple: anémie sévère! Avec les traitements, tout est rentré dans l’ordre. Des années plus tard, nous avons compris que la leucémie avait déjà débuté. Lentement, sournoisement en prenant tout son temps pour se développer, grandir et attaquer de plein fouet. Mon frère avait 38 ans. Homme de droit prospère, moi homme de la mer. Sa force était sa femme et sa fille Mia. J’étais heureux de les voir unis dans le bonheur. Mais la houle ne tarda pas à déferler dans sa vie paisible.

Frères de sang et pourtant pas compatibles

Ses analyses étaient vraiment mauvaises. Idem pour les résultats de la ponction de la moelle osseuse. La chimio s’imposait, suivie si possible d’une autogreffe, en passant par la chambre stérile, l’isolement total durant des semaines. L’autogreffe n’a pas eu de succès. Il restait l’allogreffe, c’est-à-dire la greffe de cellules-souches de la moelle osseuse venant des autres et en priorité la famille. Mes parents n’étaient pas compatibles. Il n’y avait aucun doute pour moi, je devais intervenir. Nous nous voyions certes moins qu’avant. Chacun avait sa vie. Le sienne bien rangée, la mienne en pagaille. Il n’empêche que nous étions toujours complices et attachés l’un à l’autre. Alors lui donner un peu de moi était une évidence. Mais quel choc! On m’a annoncé que comme mes parents, je n’étais pas compatible pour une greffe. J’étais blême. J’avais envie de hurler. Comment regarder mon frère en face et lui dire que je ne pouvais pas l’aider. J’avais l’impression de l’avoir trahi, je me sentais lâche. Ses paroles rassurantes ne me consolaient pas du tout. Au contraire, mon malaise et ma culpabilité empiraient. Il y avait encore l’espoir d’un donneur inconnu. Mais la liste d’attente était très longue et mon frère très affaibli. Pour les fêtes de Noël, il était rentré chez lui quelques jours. Quelle joie! Malgré sa fragilité, il avait repris des couleurs, ses cheveux avaient repoussé et son poids était stable. Il ressemblait à un gamin avec son sourire et sa fille sur ses genoux, enlacé dans les bras de sa femme. Ses yeux pétillaient. Après les fêtes, je suis reparti en mer, réconforté par les belles images et les souvenirs de ce Noël gravés dans mon esprit. Il y avait un espoir, j’en étais certain.

La dernière vague

Trois mois après, c’était une chute vertigineuse du sommet de la vague. Je suis rentré en urgence. Ça n’allait pas, son système immunitaire était au plus bas. Il avait contracté une infection dont il ne guérissait pas. Arrivé à l’hôpital, j’avais ouvert la porte de la chambre 18 et j’étais ressorti aussitôt. Je m’étais trompé. Ce n’était pas mon frère dans la chambre mais un vieillard. L’infirmière m’avait confirmé le numéro de la chambre. C’était bien la 18. Cette fois en poussant la porte, j’avais compris que ce vieillard était mon frère ou plutôt ce qu’il en restait. Le choc fut terrible. Etait-il possible de changer autant en trois mois? Son visage était différent, son regard éteint, le souffle de la vie partait. Mon frère, que t’arrivait-il? Reviens! L’atroce douleur l’avait décomposé. Après chaque répit, il attendait avec courage, mais aussi avec crainte, de survivre à la prochaine attaque encore plus forte. Il était épuisé, à bout de ses forces. Il devait fêter ses 40 ans dans les jours à venir. Je croyais qu’un miracle pouvait se produire s’il arrivait à vivre jusqu’à cette date. Tout ira pour le mieux après. Mon frère, ma moitié, mon autre moi, nous a quittés trois jours avant. Ses obsèques ont eu lieu le jour de son anniversaire.

L’espoir, c’est le progrès

J’ai toujours du mal à faire la part des choses, à comprendre. J’ai toujours ce sentiment que c’est moi qui aurais dû être à sa place. Mon cœur est déchiré. Je vis avec cela, il me manque. Ce qui me rassure et me donne de l’espoir pour les autres, c’est le progrès. La médecine et la recherche ont tellement avancé depuis ces années passées que beaucoup de malades réussissent à guérir et à vivre une longue vie.

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